mercredi 25 novembre 2015

Impact du café sur la mortalité : résultats des plus grandes études de cohorte

 Pour un café parfait








 
Vous en consommez un, deux ou plus chaque matin. Il vous aide à vous réveiller, parfois à démarrer la journée du bon pied. Partout dans le monde, il gagne en popularité. On parle bien sûr du café.
Au Québec comme ailleurs, l’engouement pour le café s’apparente à celui observé pour le vin. On cherche une saveur, corsée ou veloutée, équitable ou non, qui saura exciter ses papilles ou qui aidera à se sentir plus alerte. Avez-vous l’âme d’un barista (1)?

Un bon café?

Mais pourquoi les gens cherchent-ils un très bon café? La réponse diffère d’une personne à l’autre.

Pour les uns, c’est ce coup de fouet matinal qui leur donne de l’énergie pour toute la journée. Pour d’autres, c’est la touche finale à un bon repas. Il y a aussi le café rassembleur, celui qu’on déguste avec des collègues de bureau ou avec son partenaire de vie, sur le balcon ou la terrasse, au petit matin. Certains optent pour le café stimulant qui permet d’allonger la journée de travail ou qui garde éveillé, lorsque le besoin s’en fait sentir. Enfin, il y a le café festif : celui qui se déguste entre amis. Il se doit d’être parfait pour faire ressortir le côté bon vivant de l’hôte et de ses invités.

Quel café?

Depuis quelques années, choisir son grain de café est pratiquement devenu un art. Ici, la méthode essai/erreur et les conseils de vos amis vous seront profitables.
Pour trouver « votre café », vous devrez sans doute en goûter plusieurs, vous contenter parfois d’un goût moyen, d’un café plus amer ou plus velouté, avec ou sans accent de noisette, avant de découvrir celui qui titillera vos papilles.
Puis, vous devrez sélectionner la mouture idéale, celle qui ne vous donnera un café ni trop faible, ni trop amer. Elle varie selon le type de graine et la machine utilisée.

Un grain précieux

Mais s’il est un aspect négligé, c’est bien l’entreposage de vos grains de café. Sachez que le café est un aliment. Il doit être traité comme tel. Dans un contenant hermétique, il se conserve 5 jours à la température ambiante, 15 jours au réfrigérateur et deux ans au congélateur. Hé oui, le froid bloque les arômes à l’intérieur même de la fève. Il vous suffit alors de prélever la quantité quotidienne nécessaire et de moudre la fève torréfiée.

L’art du café

Un bon café doit respecter quatre critères pour être équilibré :
  • l’arôme
  • la force
  • l’acidité
  • l’équilibre
Les experts recommandent donc plus ou moins 45 grammes de café pour un litre d’eau. Cette dernière doit être fraîche, non chlorée ni trop calcaire. Le café doit être servi rapidement. Il vous faut aussi nettoyer régulièrement votre cafetière ou votre machine à expresso, en évitant les produits ménagers qui pourraient laisser un goût amer.

Et la machine…

Il vous faut également choisir la bonne machine qui infusera votre café. Là encore, tout dépend de vos goûts personnels. Mais la diversité de modèles offerts sur le marché a de quoi surprendre.

La cafetière filtre (programmable ou non)

Pour les gros buveurs, les gens pressés et ceux qui aiment se réveiller avec l’odeur du café.

Le percolateur

De moins en moins utilisé, muni d’un filtre en aluminium qui surmonte une tige.

La cafetière à piston

Celle dans laquelle vous mettez un bon café moulu et de l’eau chaude (de type Bodum)

La cafetière à pression 

Fabriquée en deux parties, que vous mettrez sur le feu. Attention de ne pas vous brûler.

La machine à expresso

Offerte dans une multitude de modèles et à des prix qui varient d’une centaine à quelques milliers de dollars. Certaines sont munies d’une meule pour moudre la quantité exacte de café désirée. À considérer pour un expresso ou un cappuccino délectable.

La machine à dosette

La dernière née, la machine à dosette, vous offrira un café ayant toujours le même goût, sans qu’il soit nécessaire de le moudre. Elle ne demande ni connaissances particulières, ni manipulation compliquée. Toutefois, le prix des dosettes est nettement plus élevé que le prix du café acheté en vrac.
Boisson matinale par excellence, le café occupe une place de plus en plus grande dans la vie des êtres humains. Même les Chinois, pourtant grands amateurs de thé, n’échappent pas à l’engouement mondial. Qui plus est, des brûleries, des cafés, offrent même des cours de formation. On est bien loin du liquide brunâtre au goût d’eau de vaisselle servi dans certains restaurants.
Henri Michaud, rédacteur Canal Vie
Barista : utilisé en français et en anglais, le terme barista se réfère à celui qui a acquis un certain niveau de compétence dans la préparation de boissons au café à base d'expresso. Dans certains cercles, sa signification s'étend jusqu'à inclure ce qu'on pourrait appeler un sommelier de café : un professionnel hautement qualifié dans la préparation du café, avec une connaissance étendue du café, des mélanges de café, de l'expresso, de la qualité, des variétés de café, du degré de torréfaction, de l'appareil à expresso, de la préservation, du Latte art, etc.

Impact du café sur la mortalité : résultats des plus grandes études de cohorte

Vincent Richeux
Auteurs et déclarations|23 'novembre 2015

Boston, Etats-Unis -- Les bienfaits d'une consommation quotidienne de café semblent de plus en plus évidents. Conduite pendant plus de 20 ans auprès de 200 000 personnes, une nouvelle étude montre qu'une consommation quotidienne de 2 à 3 tasses de café, avec ou sans caféine, est associée à une mortalité réduite de près de 10% [1]. Pour les non-fumeurs, les bénéfices sont encore plus marqués.

Plusieurs travaux ont déjà souligné les effets bénéfiques d'une consommation quotidienne de café, notamment sur le risque de diabète de type 2 et la mortalité cardiovasculaire. Mais, par sa taille et sa durée de suivi, cette nouvelle étude se démarque du lot et vient ainsi renforcer les arguments en faveur du café.

Pas plus de 5 tasses par jour
 
Elle va également dans le sens des dernières recommandations du Comité consultatif en diététique du Département de la santé américain, qui a récemment émis un avis favorable envers une consommation modérée de café, présentée comme sans risque à long terme sur la santé. A condition qu'elle ne dépasse pas 5 tasses ou 400 mg de caféine par jour.
Publiée dans la revue Circulation, l'étude a porté sur trois cohortes rassemblant au total 160 000 femmes et 40 000 hommes, suivis pendant 20 à 30 ans. Tous les deux ans, les participants, initialement en bonne santé, ont été invités à répondre à un questionnaire pour décrire leur mode de vie et leur état de santé.

A la fin du suivi, Ming Ding et ses collègues de la Harvard School of Public Health de Boston (Etats-Unis) ont recensé près de 32 000 décès. Une première analyse montre, après ajustement sur l'âge, une corrélation entre une consommation de café quotidienne et une baisse de la mortalité, toutes causes confondues. Une association qui n'est toutefois pas linéaire, notent les auteurs.

Effet similaire avec le café décaféiné
Il apparait que les individus buvant une tasse de café par jour présentent un risque de décéder réduit de 5%, comparativement à ceux qui n'en consomment pas. En enchainant jusqu'à 3 tasses par jour, la réduction est de 9%. Elle passe ensuite à 7% pour 3 à 5 tasses par jour. Au-delà, la mortalité est accrue. Les résultats s'avèrent similaires avec le café décaféiné, indiquent les auteurs.

Risques relatifs de mortalité chez les consommateurs de café par rapport aux non consommateurs:
- Une tasse de café par jour: 0,95 (IC 95%, 0,91-0,99)

- Entre 1 et 3 tasses par jour: 0,91 (IC 95%, 0,88-0,95)

- Entre 3 et 5 tasses par jour: 0,93 (IC 95%, 0,89-0,97)

- Plus de 5 tasses par jour: 1,02 (IC 95%, 0,96-1,07)
 
Dans une deuxième analyse, les chercheurs ont effectué un ajustement sur le tabagisme et se sont penchés sur les diverses causes de mortalité. La corrélation est apparue beaucoup plus linéaire chez les non-fumeurs, qui semblent bénéficier pleinement des effets du café, même à haute dose, sans qu'ils ne soient contrebalancés par ceux du tabac.

Entre 1 et 3 tasses de café par jour, ceux qui n'ont pas fumé pendant la durée de l'étude présentent ainsi un risque de mortalité réduit de 15% (RR=0,85, 0,79-0,92). Et, au-delà de 5 tasses, le bénéfice se maintient puisqu'ils ont encore 12% (RR=0,88, 0,78-0,99) de risque en moins de décéder.

Moins de mortalité par suicide
Pour les buveurs de café non-fumeurs, les chercheurs rapportent également une mortalité d'origine cardiovasculaire nettement diminuée, avec un risque réduit de quasiment 20% (RR=0,81, IC 95%, 0,70- 0,95) pour 3 à 5 tasses par jour.

Risques relatifs de mortalité cardiovasculaire chez les consommateurs de café n'ayant jamais fumé, par rapport aux non consommateurs:
- Une tasse de café par jour: 0,95 (IC 95%, 0,85, 1,07)

- Entre 1 et 3 tasses par jour: 0,94 (IC 95%, 0,84, 1,05)

- Entre 3 et 5 tasses par jour: 0,81 (IC 95%, 0,70, 0,95)

- Plus de 5 tasses par jour: 0,91 (IC 95%, 0,71, 1,17)
  

Dans le cas de la mortalité liée à un accident vasculaire cérébral (AVC), les bénéfices sont aussi notables. Ils s'observent à partir de 3 tasses de café par jour, le risque d'AVC étant alors réduit de 24% (RR=0,76, 0,56-1,04).

Le risque de décéder en raison d'une maladie neurodégénérative est ainsi réduit de presque 40% pour 3 à 5 tasses de café par jour.

L'effet est plus marqué encore pour la mortalité liée aux troubles neurologiques, renforçant ainsi l'hypothèse de l'effet neuroprotecteur attribué au café. Le risque de décéder en raison d'une maladie neurodégénérative est ainsi réduit de presque 40% (RR=0,63, 0,39-1,01) pour 3 à 5 tasses de café par jour.

Enfin, toujours chez les buveurs de café n'ayant jamais fumé, une consommation quotidienne de café de plus de 1 tasse par jour est corrélée à une baisse significative de la mortalité par suicide, qui est réduite de 27% à 36%, pour 1 à 5 tasses de café par jour.

Probable effet des antioxydants
Selon les auteurs, les bénéfices de la boisson, qu'elle soit caféinée ou non, pourraient s'expliquer par la présence de composés antioxydants, comme l'acide chlorogénique. D'autres composés pourraient aussi avoir un effet antidépresseur, qui expliquerait les répercussions sur la mortalité par suicide.
Une consommation modérée de café peut parfaitement être incorporée à un mode de vie sain -- les auteurs

Toutefois, « l'étude étant observationelle, il n'est pas possible d'établir une relation de cause à effet entre le café et la mortalité », rappellent les chercheurs. Malgré la qualité de la méthode employée, celle-ci « repose sur des questionnaires, inévitablement sources d'erreurs », soulignent-ils.
Quoi qu'il en soit, l'étude est suffisamment puissante pour affirmer qu' « une consommation modérée de café peut parfaitement être incorporée à un mode de vie sain », concluent les auteurs.

Les auteurs n'ont pas déclaré de liens d'intérêt.

Liens
  • Le café délétère à long terme chez des adultes avec pression artérielle limite
  • Café : le nouvel aphrodisiaque ?
  • Moins de diabète chez les buveurs de café : que faire de cette info?
  • Au-delà de 4 tasses par jour, le café serait néfaste
  • Non, le café ne prolonge pas la survie : halte aux messages erronés !
  • Café et activité physique intense pourraient déclencher la rupture d'anévrisme intracrânien
  • Pas plus de FA chez les buveurs de café

    Le café délétère à long terme chez des adultes avec pression artérielle limite

    Aude Lecrubier
    Auteurs et déclarations|31 août 2015

    Londres, Royaume-Uni -- L'effet du café sur le risque cardiovasculaire ou sur celui de développer un diabète a fait l'objet de multiples études observationnelles aux résultats généralement assez neutres. Les résultats de l’étude italienne HARVEST, présentés au congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC 2015) sont donc assez détonants, puisqu’ils montrent que, dans une population d’adultes jeunes avec une pression artérielle limite, la consommation de café a un effet délétère. Le suivi longitudinal de cette cohorte constate en effet que les buveurs de café (expresso bien sûr en Italie !) vont aggraver leur hypertension et présenter plus souvent que les non consommateurs une intolérance au glucose. [1]

    Jusqu’ici, la littérature (largement relayée par les médias) a plutôt montré que le café avait un effet protecteur dans le diabète de type 2 mais il est vrai qu’il n’existe pas de consensus pour le risque cardiovasculaire.

    L’expresso peut augmenter le risque d’infarctus en cas de prédisposition
    Plus précisément, cette étude italienne montre que boire plus d’un expresso par jour si l’on est jeune et légèrement hypertendu (stade 1) augmente fortement le risque cardiovasculaire, principalement d’infarctus du myocarde. Au cours des 12 ans de suivi, ce risque est quadruplé à partir de 4 expressos par jour et triplé entre une et trois tasses par jour.

    En outre, les auteurs, le Dr Lucio Mos et coll. (cardiologue à l’hôpital San Daniele del Friuli, Udine, Italie), observent que ces gros consommateurs d'expressos deviennent plus hypertendus et ont plus d'intolérance au glucose que les petits consommateurs.
    Ils suggèrent donc que l'augmentation du risque cardiovasculaire est à la fois médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle (PA) et le métabolisme du glucose et par les prédispositions génétiques de ces patients avec une hypertension limite au départ.
    Une population ciblée et suivi sur le long terme
     
    Attention, il s'agit d'une population à risque d'HTA à l'entrée. Il y a donc une sélection génétique des sujets -- Lucio Mos.
     
    L’étude prospective HARVEST a suivi sur une période de 12 ans plus de 1200 patients non diabétiques, âgés de 18 à 45 ans [2]. Les patients avaient une hypertension de stade 1 non traitée (PAS entre 140 et 159 mmHg et ou PAD entre 90 et 99 mmHg).
    « Attention, il s'agit d'une population à risque d'HTA à l'entrée », précise Lucio Mos. « Il y a donc une sélection génétique des sujets ».

    Les buveurs de café dits « modérés » consommaient entre 1 et 3 expressos par jour, et les grands buveurs au moins 4. Parmi les participants, plus d’un quart ne buvaient pas de café, les deux tiers étaient des consommateurs « modérés » et 10 % étaient des grands consommateurs. Les consommateurs de café étaient plus âgés et avaient un indice de masse corporelle plus élevé que les non buveurs.

    Le risque cardiovasculaire accru à partir d’une tasse par jour
    Au cours des 12 années de suivi, les auteurs ont dénombré 60 événements cardiovasculaires dont 80 % d’infarctus.
    Les analyses multivariées incluant d’autres habitudes de vie, l’âge, le sexe, la morbidité cardiovasculaire parentale, l’indice de masse corporelle, le taux de cholestérol total, la pression artérielle ambulatoire mesurée sur 24h, le rythme cardiaque mesuré sur 24h et les changements de poids au cours du suivi, montrent que la consommation modérée et importante de café sont toutes deux prédictives de la survenue d’événements cardiovasculaires: RR=2,9 [1,04 à 8,2] et RR=4,3 [1,3 à 13,9] respectivement.

    Une relation linéaire entre la consommation de café et l’hypertension traitée
    En parallèle, les investigateurs trouvent une relation linéaire entre la consommation de café et le risque d’avoir recours à un traitement antihypertenseur au cours du suivi, avec un risque statistiquement significatif pour les grands buveurs.

    Plus de pré-diabète chez les grands buveurs de café
    En outre, comme les hypertendus développent souvent un diabète, l’équipe a également étudié l’effet d’une consommation à long terme de café sur le risque de développer une intolérance au glucose. Là encore, une relation linéaire est observée avec une augmentation du risque de pré-diabète de 100 % [30% à 210%] chez les grands buveurs de café.

    Un risque de pré-diabète fonction du type de métaboliseur du café
    Les auteurs constatent que le risque de pré-diabète associé à la consommation de café diffère en fonction du génotype CYP1A2, qui détermine si les personnes métabolisent le café lentement ou rapidement. Le risque de pré-diabète augmente significativement seulement chez les métaboliseurs lents (RR=2,78, IC 95 % [1,32 à 5,88, p=0,0076]) qui consomment des quantités importantes de café.
    « Les métaboliseurs lents de café sont exposés plus longtemps aux effets délétères de la caféine sur le métabolisme du glucose. Et, le risque est d’autant plus important que les participants sont en surpoids ou obèses et qu’ils consomment beaucoup de café. L’effet du café sur le pré-diabète dépend donc des quantités de café consommées chaque jour et des prédispositions génétiques », explique le Dr Mos.

    Un risque CV médié par les effets du café sur la PA et le métabolisme du glucose
    La relation semble partiellement médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle et le métabolisme du glucose. 
     
    L’ajustement pour l’hypertension traitée atténue la force de l’association entre le café et les événements cardiovasculaires chez les grands buveurs de café (RR=3,9 [1,2 à 12,5]) et les consommateurs modérés (RR=2,8 [0,99 à 7,8]). En outre, après ajustement pour les futurs pré-diabètes, l’association est à la limite de la significativité pour les grands consommateurs de café et n’est plus significative pour les buveurs modérés.

    « Notre étude montre que la consommation de café est associée de façon linéaire à un risque accru d’événements cardiovasculaires chez les jeunes adultes avec une hypertension légère. La relation semble partiellement médiée par les effets à long terme du café sur la pression artérielle et le métabolisme du glucose. Ces patients devraient être informés que la consommation de café peut probablement augmenter leur risque de développer une hypertension et un diabète plus sévères plus tard dans la vie », conclut l’auteur.
    Le Dr Mos n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.                   
     

    Dysfonction érectile : une nouvelle « indication » pour la caféine ?

    Stéphanie Lavaud
    Auteurs et déclarations|22 mai 2015

    Houston, Etats-Unis – Les hommes qui consomment quotidiennement l’équivalent en caféine de 2 à 3 tasses de café seraient moins sujets aux pannes sexuelles, selon des chercheurs de l’Université de Houston [1]. Cette association est observée chez les hommes obèses et en surpoids et chez les hypertendus mais pas chez les diabétiques. Mais inutile de conseiller le thé, café, soda et autres boissons énergétiques, le lien de cause à effet demande encore à être exploré !

    Pas d’effet chez les diabétiques
    Pas une semaine sans qu’une nouvelle publication se penche sur les effets du café ou du thé. Mais si les vertus de ces boissons riches en antioxydants et en anti-inflammatoires ont été étudiées (et plus ou moins établis) dans le cancer du sein, de la prostate, les pathologies hépatiques, le diabète, la mortalité cardiovasculaire et même la sclérose en plaques, l’effet sur la fonction érectile n’avait encore pas été mise au crédit des bénéfices de la boisson millénaire.
    C’est aujourd’hui chose faite avec une étude issue de la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES). Celle-ci a interrogé 3724 hommes âgés de 49 ans en moyenne sur leur consommation journalière de différentes boissons susceptibles de contenir de la caféine, ainsi que sur leur capacité à avoir une érection satisfaisante pour avoir une relation sexuelle. Les réponses ont été les suivantes : le café représentait 55,4% des boissons caféinées, le thé (20,6%), les sodas (58,5%) et autres boissons énergétiques (3,1%). Après avoir ajusté sur de nombreux paramètres (activité physique, consommation d’alcool, de tabac, âge,…), les chercheurs Texans ont établi que ceux qui consommaient entre 85 and 170 milligrammes de caféine quotidienne avait 42% fois moins de risque de rapporter une dysfonction érectile (DE).
    Le risque était aussi réduit de 39% chez les hommes dont la consommation s’étageait entre 171 et 303 milligrammes quotidiennement par rapport aux hommes dont la consommation était de moins de 7 milligrammes par jour. Cette association était aussi retrouvée chez des hommes en surpoids (qui représentaient 40,9% des hommes de l’étude), chez ceux qui étaient obèses (soit 30,7%) et chez les participants hypertendus (51%), soit trois facteurs de risque de DE. En revanche, elle n’apparaissait plus chez les diabétiques (soit 12,4% des hommes de l’étude).

    L’équivalent de 2 à 3 tasses quotidiennes pour un effet maximum
    « Notre échantillon national représentatif montre que l’apport total de caféine est associé à un risque moindre de rapporter une dysfonction érectile (dans une analyse multivariée) » concluent les auteurs. L’effet était maximum avec une consommation entre 170 et 375 mg par jour, ce qui correspond à un équivalent de 2 à 3 tasses quotidiennes. Pour expliquer l’effet, – s’il existe réellement car les quelques études ayant exploré cette question sont discordantes -, les auteurs suggèrent que la caféine pourrait entrainer une série de réactions biochimiques aboutissant à une relaxation des artères hélicines et des cellules musculaires lisses des corps caverneux. Quant à l’absence d’effet chez les hommes diabétiques, il n’aurait rien de surprenant, commente le Dr David Lopez, puisqu’il s’agit d’un « facteur de risque majeur de la DE ».

    En dépit de ses points positifs – essai de grande taille et méthodologie solide -, l’étude a aussi des limites et « l’association trouvée ne permet pas de conclure à la causalité et encore moins de conduire à un changement des pratiques cliniques » précisent les auteurs. Donc pas d’emballement sur les boissons caféinées ! Si séduisante qu’elle soit, l’hypothèse devra être validée avant de pouvoir… conclure.


    Moins de diabète chez les buveurs de café : que faire de cette info?


    Vous avez probablement entendu dans les médias grand public que « le café protège du diabète » mais que devons-nous faire de cette information? Quel message transmettre à nos patients?

    Le piège serait certainement de recommander aux sujets en pré-diabète de boire du café, met en garde le Dr Boris Hansel, car il ne faut pas oublier que cet effet anti-diabète du café n’a été constaté que dans des études observationnelles.

    Le Dr Hansel revient sur deux études récemment publiées :

  • Une méta-analyse (Diabetes Care, février 2014) de  28 études prospectives qui quantifie l’incidence du diabète en fonction du nombre de tasses consommées/ jour et qui met en évidence une  relation dose/efficacité.
  • La deuxième publication (Diabetologia)  est une analyse issue des 3 cohortes de professionnels de santé américains. Elle montre une relation entre l'évolution de la consommation de café sur 4 ans et l'apparition ultérieure d'un diabète. Là encore, les résultats sont nets : l'augmentation de la consommation de café de 1 tasse/jour réduit le risque de survenue de diabète de 11%.
Attention, malgré leur bonne qualité méthodologique, ces études restent des études observationnelles, rappelle le Dr Hansel.

Auteur :
Le Dr Boris Hansel est endocrinologue-diabétologue et nutritionniste. Il est MCU-PH à l'université Paris 7 et à l'hôpital Bichat à Paris. Il exerce  dans le service de diabétologie-endocrinologie-nutrition où il est responsable de la prise en charge de l'obésité. Ses travaux de recherche concernent notamment le syndrome métabolique, les anomalies des lipoprotéines et l'épidémiologie nutritionnelle.


Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste


Café et activité physique intense pourraient déclencher la rupture d'anévrisme intracrânien

Une étude rétrospective hollandaise suggère que la consommation de café et l'activité physique intense notamment, pourraient provoquer la rupture d'anévrisme. Des hypothèses qu'il reste à valider. 12 mai 2011 
 
Utrecht, Pays-Bas — Des chercheurs hollandais ont identifié et quantifié huit possibles facteurs déclenchants de rupture d'anévrisme intracrânien, dont la consommation de café, ou de cola, la constipation, et l'activité physique intense.

« Réduire la consommation de caféine et traiter les patients constipés porteurs d'un d'anévrisme intracrânien non rompu avec des laxatifs pourrait diminuer le risque d'hémorragie subarachnoïde, » rapporte l'équipe du Dr Monique H. Vlak, principale investigatrice de l'étude (Centre Médical Universitaire d'Utrecht, Pays-Bas) dans l'édition en ligne du 5 mai de Stroke [1].

Toutefois, « nous ne leur conseillons pas de limiter leur activité physique, puisqu'elle permet de limiter le risque de maladies cardiovasculaires, » commente Monique Valk pour Medscape Medical News.

« Ces facteurs n'ont rien de surprenant, » explique le Dr Y. Jonathan Zhang, neurochirurgien à l'Institut Neurologique Méthodiste de Houston, Texas, qui a participé à l'étude. « Ce sont des anecdotes bien connues ».

Cependant, il appelle à la prudence. « Au plus, ces facteurs pourraient être associés à la rupture d'anévrisme, mais il est très prématuré de conclure qu'ils causent, en effet, la rupture ».

Découvertes fortuites
Autour de 2 % de la population est porteuse d'un anévrisme intracrânien, mais seulement quelques-uns se rompent. Or, grâce aux techniques de neuro-imagerie, le nombre d'anévrismes intracrâniens découverts par hasard augmente.

À ce jour, nous ne possédons que peu de connaissances sur les activités qui pourraient déclencher la rupture d'anévrisme. Pour cette raison, le Dr Vlak et son équipe ont demandé à 250 patients ayant fait une hémorragie subarachnoïde suite à une rupture d'anévrisme à quelle fréquence ils avaient été exposés à 30 possibles facteurs déclenchants dans l'année et dans l'heure précédant l'hémorragie.
Les chercheurs ont utilisé une méthode d'analyse cas-croisé pour évaluer les risques de rupture après exposition aux facteurs déclenchants et calculer les fractions de risques attribuables (PAR).
Risques relatifs pour les 8 facteurs déclenchants

Facteur de risque
RR (IC 95%)
PAR, %
Café
1,7 (1,2-2,4)
10,6
Cola
3,4 (1,5-7,9)
3,5
Mouchage
2,4 (1,3-4,5)
5,4
Difficultés à déféquer
7,3 (2,9-19)
3,6
Sursaut
23,3 (4,2-128)
2,7
Colère
6,3 (1,6-25)
1,3
Rapports sexuels
11,2 (5,3-24)
4,3
Exercice physique (MET > 6)
2,4 (1,4-4,2)
7,9

Au total, ils ont identifié huit facteurs qui augmenteraient le risque de rupture d'anévrisme. La consommation de café et l'activité physique intense avaient les plus fortes fractions de risques attribuables.

Un mécanisme non élucidé
Les chercheurs notent dans leur rapport que l'ensemble de ces facteurs déclenchants provoque une élévation soudaine de la pression artérielle pendant un court instant, « qui pourrait être une cause commune de rupture d'anévrisme ».

Mais le Dr Zhang reste circonspect. « La circulation cérébrale est hautement régulée, et à moins qu'un patient ait une anomalie sévère, nous savons que quand la pression systémique augmente, la pression cérébrale ne varie pas », explique-t-il.

Les limites de l'étude sont son design rétrospectif et la période de 3 semaines en moyenne entre la survenue de l'hémorragie et la réponse au questionnaire. Le Dr Zhang souligne également que « les éléments sont rapportés par les patients eux-mêmes, ce qui peut introduire un biais. »

D'autres travaux sont nécessaires avant de pouvoir tirer des conclusions de ces résultats et Y. Jonathan Zhang espère que, d'ici là, ces résultats n'entraîneront pas « une paranoïa médicale non justifiée chez les médecins de famille, ou même chez les neurologues généralistes et qu'elle n'exacerbera pas l'anxiété des patients ni ne limitera leur activité physique ou leur capacité à profiter de la vie. »

Cette étude a bénéficié d'un soutien financier du Julius Center for General Health and Primary Care et du département de neurologie du Centre Médical Universitaire d'Utrecht. Les auteurs de l'étude et le Dr Zhang n'ont pas déclaré de lien d'intérêts spécifiques.

Tueurs nés

Tueurs nés : des djihadistes au pilote de German Wings, comment l’Occident s’est transformé en machine à produire des “petits cons” ultra dangereux

Souvent assimilés à des "fous", dont les actes seraient "absurdes", nombreux sont les auteurs d'attentats à en réalité chercher à combler un vide... Que la société occidentale peine à proposer. L'islamisme radical, peut alors en constituer une alternative simpliste mais satisfaisante.

Terres fertiles

Publié le
image: http://www.atlantico.fr/sites/atlantico.fr/files/styles/une/public/images/2015/02/djihad.jpg
Tueurs nés : des djihadistes au pilote de German Wings, comment l’Occident s’est transformé en machine à produire des “petits cons” ultra dangereux

Atlantico : Abdelhamid Abaaoud le cerveau des attentats du 13 novembre, qualifié de "petit con" par un ex camarade de classe ; Brahim Abdeslam, impliqué dans les fusillades dans le Xème arrondissement, qualifié de "chômeur" et de "looser" par sa femme ; Hasna Ait Boulahcen qui s'est fait exploser pendant l'intervention du Raid connue plutôt comme une "fêtarde"... Qu'est-ce que ces éléments peuvent nous dire du profil psycho-sociologique des terroristes djihadistes ?

Farhad Khosrokhavar : il faut quand même aussi dire que beaucoup d'entre-eux sont tout simplement attardés, ou sans éducation. Ils peuvent avoir du mal à s'adapter à une société où le politique ne remplit plus sa fonction. Il s’agit évidemment aussi de personnes qui ressentent un malaise à l’égard de la représentation politique, considérant alors qu'il n'y a plus d'alternative, et que les différences entre la droite et la gauche s'estompent. Ces personnes auraient sans doute eu une fascination pour le communisme au siècle dernier.

Paradoxalement, ils ressentent un peu ce qu'incarne Michel Houellebecq, c’est-à-dire que notre civilisation a perdu de son attrait, qu’elle ne répond plus à nos besoins élémentaires. Il y a un ensemble de conditions qui favorisent ce besoin d'un autre cadre identitaire, de s’approprier une pensée telle que celle des terroristes islamistes. Car en soutenir le mode d’action, même à demi-mot, revient à être sensible à leurs causes. Depuis qu'il n'y a plus de transmission du lien social, de service militaire obligatoire par exemple. La famille recomposée a eu des dimensions extrêmement positives. Pour autant, elle a participé au délitement du cadre identitaire, par une dissolution de l'autorité paternelle.

On peut évoquer comme principal marqueur une déshérence dans la vie, caractérisée par un système de pensée bâti autour de la violence. Mais le lien avec immigration -ou insécurité financière- et djihadisme est un lieu commun qui n’est plus fondé. La palette des personnalités s'est élargie. Certains d’entre eux sont issus des classes moyennes très bien éduquées mais qui ne savent pas où sont les limites, la frontière entre le bien et le mal. Et ceux-là ne souffrent donc d’aucun malaise lié à la condition des banlieusards.

Jean-Paul Mialet : "Petit con", "looser", "fêtard" : ce ne sont pas les qualificatifs qu’on emploie dans l’entourage de "fous". Ce dernier terme serait d’ailleurs à préciser : après 40 années de pratique psychiatrique, je n’en connais plus bien la signification. Mais tous ceux qui présentent des troubles mentaux apparaissent différents, étranges, inadaptés ou incohérents à leur entourage : pas "con" ou "looser". Ce vocabulaire est plutôt réservé à des individus caractériels ou marginaux, peu enclins à respecter les règles sociales  - éventuellement même méprisants pour ceux qui se plient à ces règles. Rien n’indique donc que Adelhamid Abaaoud, Brahim Abdeslam ou Hasna Ait Boulahcen avaient un quelconque dérèglement mental. En revanche ils étaient sans doute un peu "à part", moins conformes aux normes sociales que d’autres. 

Je suppose d’ailleurs que pour s’intégrer dans un groupe organisé et structuré comme l’est un groupe terroriste qui effectue des actions planifiées, il est impossible d’être "fou" : les dérèglements de l’esprit rendent l’individu incontrôlable. Certains des déséquilibrés que rencontrent les psychiatres ont pour seul symptôme une sociopathie grave. Cela peut-il mener à devenir terroriste? Non, car cette incapacité pathologique de respecter des règles sociales conduit à des actes délictueux, mais elle ne permet pas de s’intégrer dans une bande organisée : le "milieu" a ses propres règles et rejette vite ces individus. On ne peut donc pas retenir non plus le diagnostic de sociopathie chez ces terroristes. Certes, ils méprisent notre société et les individus qui la composent, mais ils respectent une loi, la loi du Djihad. En somme, fanatiques, oui ; mais fous, sûrement pas…

S’il n’y a pas de psychologie particulière propre au terrorisme, comment expliquer la hargne qui les pousse à tuer au prix de leur propre vie ? Certaines études de psychologie sociale peuvent fournir des éléments de réponse. En premier lieu la fameuse expérience de Milgram, qui dans les années 60, a démontré que l’obéissance à une autorité faisait taire l’empathie et permettait d’administrer à autrui des traitements très douloureux. L’autorité, dans cette recherche, était un universitaire : on imagine ce que peut produire une autorité considérée comme divine. Plus récemment, une autre explication est proposée qui s’appuie sur l’expérience de la mort. Qualifiée de théorie de la gestion de la terreur, cette thèse soutient que la conscience de notre mortalité provoque une angoisse que l’on tente d’apaiser en donnant du sens à sa vie par un espoir de paradis ou par une œuvre qui vous survit. Lorsqu’un djihadiste rejoint les groupes de combat, l’acuité de cette conscience de mort peut, paradoxalement, aiguiser son besoin de donner du sens à sa vie par une œuvre de mort – surtout si elle est assortie d’un espoir de paradis.

Ces explications n’épuisent cependant pas le sujet. Selon l’expert israélien Yoram Schweitzer qui a interrogé une centaine de kamikazes incarcérés, tous cherchent à "s’accomplir" en livrant un témoignage de la gloire d’Allah. A leurs yeux, leurs victimes sont dépourvues d’humanité.

Quel rôle la perte de sens dans la civilisation occidentale peut-elle avoir ? Dans quelle mesure le djihadisme islamique peut-il in fine constituer une alternative à ce que ne propose pas la société occidentale ?

Jean-Paul Mialet : Même si elle nous parait absurde, le djihadisme propose une cause. Et pas n’importe quelle cause, une cause transcendantale: servir un Dieu. N’oublions pas que dans notre civilisation occidentale, il existe encore bien des individus pour lesquels servir un Dieu remplit une existence : les religieux n’ont pas disparu, et certains - les moines contemplatifs ou les sœurs carmélites de la religion catholique par exemple - sont capables d’y consacrer chacun de leurs instants en renonçant à toute vie sociale. Ces individus sont-ils fous ? Ou serait-ce au contraire notre société occidentale qui s’égare en ignorant le besoin de sacré et les motivations religieuses qui ont toujours habité l’homme ? Puisque l’on agite si volontiers le spectre de la folie lorsque l’on ne comprend pas un comportement, il peut être utile de rappeler ici que l’excès de rationalisme est également une forme de folie : certains patients présentent en effet ce que l’on appelle un "délire rationnel"…

Aveuglé par les Lumières, la société occidentale aurait-elle perdu le sens de cette part d’irrationnel qui pousse l’homme vers la religion aussi bien que vers l’art ou la poésie ? Notre culte est à présent celui des droits de l’homme et de la liberté, qui semble avoir remplacé la spiritualité ringarde d’autrefois en s’appuyant sur des valeurs considérées comme moins contestables. Mais qu’en est-il de notre pratique ? N’est-elle pas celles d’individus mus avant tout par un désir d’autosatisfaction, et dont la conduite est régie par les lois du marketing ? Les beaux sentiments alimentent des sites Internet qui, sous d’élégants prétextes, les proposent à la consommation. Même nos dirigeants s’appuient davantage sur des techniques de communication que sur des convictions, comme si la politique consistait aujourd’hui à emporter des parts de marché…

On conçoit que pour ceux qui n’adhérent pas à cette société parce que leurs origines ou leurs traditions les en éloignent, et qui ne s’imaginent pas non plus pouvoir y trouver un jour une reconnaissance quelconque, la cause djihadiste, dans sa simplicité, puisse être tentante. Elle a de plus l’intérêt de fournir des règles de conduite tranchées qui rassurent ceux que perturbe ce monde complexe aux repères brouillés.

Axel Dyèvre : Le profil des terroristes islamistes est assez difficile à cerner de manière précise. Bien entendu, ils sont tous musulmans que ce soit “d’origine” (généralement “reborn”) ou convertis. Mais la cause dont ils se réclament étant l’Islam, ce point est un truisme… On parle beaucoup ces temps-ci de jeunes qui semblent aller chercher en Syrie un monde fantasmé manifestement. La question reste entière - au moins pour moi -  de savoir en quoi consiste exactement ce fantasme : un "retour aux origines" ? Mais alors quelles origines ? La plupart des jeunes Français d'origine maghrébine impliqués sont de la deuxième, voire troisième génération. Et la Syrie n'évoque pas vraiment le Maroc, l'Algérie ou la Tunisie, qu'ils ne doivent quasiment pas connaître pour la plupart et dont les sociétés ne sont pas spécialement "islamisées" au sens qu'ils semblent rechercher auprès de l'OEI. Le rejet de la société ? Pourquoi pas mais alors laquelle en ce cas : la France et son mode de vie occidentalisé ou le pays d'origine de leur famille qu'ils n'ont pas connu ? Certains sont certes des délinquants qui peuvent rechercher là une rédemption mais on trouve aussi des profils plus intégrés voire des convertis pour qui on ne peut pas trouver l'excuse d'un rejet sociétal ou d'une douloureuse histoire post-coloniale.

Reste la soif d'aventure dans le monde un peu aseptisé que nous connaissons : cela peut expliquer les départs vers des territoires de conflit, mais en revanche le retour et la bascule dans l'action terroriste sont beaucoup moins évidents. Surtout quand cette action se finit dans l'action suicide : entre l'excitation du combat, la prise consciente du risque d'exposer sa vie et l'appui sur le bouton "fin" il y a une marge. On bascule là dans une approche nihiliste. J'entends bien que l'idéologie que ces terroristes - car on ne parle plus là de "combattants"  - cette idéologie encourage donc le sacrifice et justifie le meurtre même de masse, puisqu'il n'y pas d'innocents. D'un certain côté on peut se dire que nous vivons dans une société facilement effrayée et qui place le "vivre longtemps"  au dessus de tout, dans une société donc qui a - pour faire court -  peur de la mort. En adhérant à une idéologie nihiliste, peut être certains voient ils là un moyen de rejoindre une "élite", qui serait celle de ceux qui sont au dessus de ça et qui dominent de facto la masse. D'une certaine manière en ce cas cette idéologie mortifère et meurtrière serait un nouveau moyen d'exprimer son mal être face à la société et à son fonctionnement. L'islamisme serait une nouvelle manière d'être des "révolutionnaires"...

Que cherchent ces jeunes dans l'islamisme radical ? 

Jean-Paul Mialet : L’islamisme est une religion. Comme toute croyance religieuse, elle laisse sa place au doute et à une marge de liberté dans l’interprétation du croyant. L’islamisme radical est une interprétation dogmatique des textes coraniques. Elle offre le confort des dogmes. Je viens de rappeler ce que chacun sait : le monde moderne est complexe, les repères sont difficiles à trouver, le brassage des cultures et la globalisation de la planète imposent de remises en question. Qui sommes-nous ? C’est l’identité même de tous les peuples interconnectés qui est aujourd’hui chancelante. Avec pour corollaire un besoin plus vif d’affirmer une identité. Le sursaut identitaire n’affecte pas que la Catalogne et la Bretagne, il traverse aussi les individus qui composent notre société. Si, pour de nombreuses raisons, ces individus sont mal enracinés dans la société, ils seront tentés de trouver une place mieux définie dans une autre société. Et si cette société leur fournit des repères caricaturaux, elle se montrera particulièrement attractive. C’est après tout ce qui se passe dans les sectes où l’on propose à des individus en mal d’identité une place clairement attribuée au sein d’une collectivité, avec un rôle défini et une interprétation du monde dont une vision simplifiée donne toutes les clés. Le sens de la vie n’est plus une quête ; il s’impose avec clarté. Pour certains, c’est un confort précieux auquel ils sont prêts à sacrifier tout – même leur vie, comme on l’a vu dans les suicides collectifs de certaines sectes. 

Bien que non-terroristes, le pilote de German Wings qui a provoqué consciemment la mort des passagers qu'il transportait, les fusillades dans les lycées et universités américaines, pourraient-elles répondre à ce même vide de sens ? Dans quelle mesure ces derniers pourraient-ils correspondre à des individus tels que les djihadistes, mais sans l'alternative que représente l'islam radical ?

Jean-Paul Mialet : N’allons pas tout mélanger. Le pilote de Germanwings était, a-t-on dit, sujet à des dépressions. Or les dépressions poussent parfois à rechercher la mort comme une délivrance : on peut en ce cas, pour le coup,  parler de "folie". Evidemment, dans cette folie-là, une énigme demeure: pourquoi a-t-il voulu entraîner avec lui tous les passagers ? Quel sens cela avait-il pour lui ? Qui peut répondre ?

En revanche, les massacres dans les écoles et universités américaines pose plus directement la question du sens que peut représenter pour certains le meurtre de masse gratuit, car ces individus n’étaient pas, que je sache, des individus dépressifs. Avec beaucoup de prudence - je ne suis pas un expert - je peux imaginer que ces terribles fusillades correspondent également à une sorte d’affirmation identitaire tragique alimentant une œuvre de destruction haineuse des autres et de soi-même. Il y aurait en ce cas en effet une parenté avec les massacres terroristes, sans la structuration religieuse de l’acte qui l’habille d’un sens plus évident.

Axel Dyèvre : Dans le cas des tueurs de masse - et le pilote de la GermanWings en est un, car s'il voulait se suicider il pouvait ouvrir le gaz chez lui - on trouve certainement des points communs avec les terroristes. Ne serait-ce qu'une forme de psychopathie dans la nature de leurs actes. Si vous définissez le terrorisme comme un moyen d'action, alors ils sont de la même catégorie : pour les 200 passagers de la GermanWings comme pour ceux de l'avion de la MetroJet à Charm El Sheikh, quelle différence fait la motivation de leurs bourreaux ? Dans les deux cas il y avait intention de tuer. Ce qui peut faire la différence  c'est la dimension  politique et idéologique. Mais dans les deux cas il y a aussi sans doute un besoin "wharholien" de gloire macabre. La question est de savoir si - et dans quelle mesure - l'idéologie engendre l'action ou si elle est utilisée à des fins de justification. Il y a probablement du vrai dans les deux : ce qui est sûr c'est qu'une idéologie qui ne permet pas l'interprétation violente ne peut pas être utilisée comme moteur ou comme justification..

L'étude des différents profils socio-psychologiques des terroristes fait-il ressortir cette perte de sens toujours de la même manière ? Qu'en ressort-il ?

Axel Dyèvre : La question est d'importance et elle est également d'évidence polémique. Des dizaines d'experts, de connaisseurs du terrain, des civilisations, des réseaux, etc se sont exprimés sur le sujet. Des dizaines voire des centaines d'études ont été commises sur le sujet depuis très longtemps, et même avant 2001 sur les critères de basculement dans le terrorisme. Aucune n'a trouvé la pierre philosophale, le "chemin de radicalisation" type qui nous permettrait de comprendre et d'anticiper. Les anglo-saxons ont une expression pour identifier ce point que tout le monde recherche, le "tipping point", le point de rupture. Ce point où le parcours d'un individu "bascule" dans l'action violente et terroriste.

L’analyse des des centaines de profils au travers de différentes études à la fois terrain et bibliographiques nous a montré que le sujet est des plus difficiles : personne n’a vraiment identifié ce fameux “point de rupture”. Pour illustrer aussi le danger d’être affirmatif ou d’énoncer des certitudes à chaud : que d’analyses doctes ont été faites sur le cas de la jeune fille de l'appartement de Saint Denis, "première femme kamikaze en Europe", et sur toutes les terribles implications (que d'aucuns avaient prévu de longtemps, bien entendu). Il semble vu les derniers communiqués qu’elle ait été tuée dans l'explosion d'un kamikaze proche d'elle... Le profilage à l’emporte pièce comporte des risques pour ses auteurs : je préfère ne pas m’y risquer..

Islam, état d’urgence, politique étrangère française au Moyen-Orient, stigmatisations, etc…

Islam, état d’urgence, politique étrangère française au Moyen-Orient, stigmatisations, etc… 10 arguments pour répondre aux analyses maladroites voire néfastes trop souvent entendues

A la suite des attentats du 13 novembre, de nombreux raisonnements ont fait (ou refont) surface. Du fameux "pas d'amalgame" à la responsabilité de l'Occident dans l'affrontement contre l'Etat islamique, voici ce qu'il faut répondre.

Points sur les "i"

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Islam, état d’urgence, politique étrangère française au Moyen-Orient, stigmatisations, etc… 10 arguments pour répondre aux analyses maladroites voire néfastes trop souvent entendues
A la grande mosquée de Strasbourg Crédit Reuters

Daech n'a rien à voir avec l'Islam

Malik Bezouh : Existe-t-il une filiation entre Daech et l’islam ? La question est au cœur des débats. Une chose est certaine, les attentats contre des victimes innocentes constituent, sans conteste, un crime inqualifiable d’un point de vue de la jurisprudence musulmane. Ce point, est-il nécessaire de le rappeler, est unanimement admis par les théologiens des différentes écoles sunnites, malékite, hanafite, chaféïte et hanbalite. Ces écoles, notons-le au passage, sont à la base de la théologie sunnite. Daech, quant à lui, appartient au courant takfiriste.

Millénaire, ce courant est ultra-minoritaire. En effet, le nombre de combattants de Daech, 50 000 environ, rapporté à la population musulmane mondiale, approximativement 1,6 milliards d’individus, révèle un ratio de 0,003%. C’est dire l’insignifiance numérique du takfirisme, considéré comme une hérésie par l’écrasante majorité des musulmans dans le monde.

Et pour cause, plus de 85% des victimes du takfirisme, à l'échelle planétaire, sont musulmanes ! Pourtant les choses ne sont pas aussi simples qu'il n'y parait. Il peut arriver, en effet, à la pensée takfiriste de puiser dans la théologie orthodoxe. Ainsi, la mise à mort, ignoble autant que spectaculaire, des homosexuels jetés du haut d’un immeuble, est une pratique approuvée par certains théologiens orthodoxes (c’est-à-dire issus d’une des quatre écoles sunnites précitées).

Il nous appartient donc, à nous autres musulmans, de conviction ou par héritage, de commencer un travail de rétrospection et de remise en question car s’il est vrai que Daech nous inspire horreur et abomination, nous devons aussi regarder dans nos sources ce qui doit être banni afin que jamais le lien entre Daech et l’islam ne puisse s’opérer. Et de ce côté-là, c'est à dire celui de la réformation profonde de l'islam, force est de constater qu’un travail conséquent doit être mené. Un travail qui ne débutera réellement que lorsque le despotisme politique qui gangrène le monde arabe aura été vaincu.

Le terrorisme islamiste est le fruit des politiques étrangères occidentales

Alexandre Del Valle : Oui et non à la fois. Oui parce que ces terroristes nous frappent aujourd’hui en partie en réaction aux interventions militaires occidentales qui ont accentué le chaos moyen oriental depuis un certain nombre d’années, et non car les bases du terrorisme islamiste remontent à une situation antérieure et découlent d’une maladie à l’intérieur du corps de l’islam qui tue en premier lieu des membres de ce corps. Avant de nous frapper chez nous, en effet, ce même terrorisme tuait déjà des musulmans « modérés ».

Dans les années 90, les terroristes islamistes ont fait subir la même chose aux Algériens. En revanche, ce qui est vrai, c’est que nos interventions donnent un prétexte et renforcent l’extension de ce terrorisme puisqu’il nous frappe surtout depuis les interventions étrangères occidentales en terre d’islam. Mais quand bien même notre politique étrangère serait différente, plus isolationniste, cela ne changerait pas grand chose au fait que le totalitarisme islamiste projette d’établir un califat universel par la terreur et de soumettre et éliminer tous ceux qui s’y opposent. Cette violence et cette terreur sont les méthodes du totalitarisme vert qui a frappé les sociétés musulmanes bien avant de nous frapper. Politique étrangère ou pas, nous aurions été menacé un jour ou l’autre, notre politique étrangère n’était qu’un prétexte servant à légitimer la soif de sang et de conquête à rebours des islamistes.

Roland Hureaux : Oui, mais pas dans le sens que l'on croit. Non pas parce que nous aurions contrarié les aspirations de ces peuples, mais parce que nous  avons encouragé l'islamisme radical tout au long de ces dernières années.

Nous, ce n'est pas seulement la France,  mais tout l'Occident à commencer par les Etats-Unis  et le Royamue-Uni. Sur le plan géopolitique, les Etats-Unis ont conclu une alliance de longue date avec les parties les plus rétrogrades de l'islam:  wahabisme   saoudien, Frères musulmans,  contre les Etats laïques ( Irak, Syrie, Egypte nassérienne etc.).

Je pense que cette forme de radicalisme serait restée très marginale sans les encouragements occidentaux.

C'est le cas en Irak et en Syrie où les mouvements djihadistes , Al Nosra , proche des Frères musulmans ou Daesh qui se trouve dans  la  même mouvance,  ont reçu l'appui , en armes, en assistance technique et peut-être même en combattants directs,  des Etats-Unis, de l'Angleterre et de la France, sans compter l'Allemagne ( qui a acheminé  des armes ),  la Turquie , l'Arabie saoudite, la Jordanie et les émirats  du Golfe.  La France qui s'était tenue à l'écart de cette politique et qui avait par exemple soutenu l'Etat algérien  contre  le   FIS islamiste dans les années quatre vingt-dix ( le FIS avait pu en revanche ouvrir un bureau  à Washington! ), s'est ralliée à cette politique  pro-islamiste en 2011  en s'engageant à fond dans le conflit syrien du côté des rebelles djihadistes.

Manifestation emblématique  de la duplicité - ou de la lâcheté -  occidentale : le dernier sommet du G 20. . Les frères musulmans se trouvent presque toujours derrière les réseaux terroristes de ces dernières années. Or le G 20, rassemblement  des pays les plus puissants du monde se réunit à Antalya ( Turquie)  deux jours après les attentats du 13 novembre. Qui le reçoit ? Le  président turc , Erdogan, un frère musulman, peut-être un des  chefs cette confrérie.

Si l'on veut vaincre le terrorisme, il faut  rompre très vite tous ces liens équivoques et faire comprendre par exemple à Erdogan qu'on ne se laissera plus prendre à son double jeu. Mais malgré les rodomontades d'Obama et Hollande, je crains que cette rupture ne soit pas pour demain.

Le racisme et l'islamophobie de la société française participent au développement du terrorisme

Thierry Get : En premier lieu, pour reprendre un terme très « médiatique », je profite de l’occasion donnée pour dire qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre racisme et islamophobie. La Droite Libre a toujours rejeté l’instauration du délit d’islamophobie qui prend place dans le langage commun, par renoncements successifs, avant sans doute probablement d’être intégré au Code Pénal. Cela est regrettable car depuis le siècle des lumières, de Voltaire ou du Chevalier De La Barre, il était acquis que la critique des religions était un droit essentiel (pas celui bien sûr celui de massacrer les chrétiens ou les musulmans). D’ailleurs, le délit de blasphème a été définitivement aboli au 19ème siècle en France.

Pour en revenir au sujet principal, l’explication par le prétendu racisme de la société française relève d’une analyse par « le petit bout de la lorgnette » car en effet comment expliquer à ce moment, que chaque année, environ 50 000 personnes (selon une étude réalisée par le BBC World Service) sont tuées sous des prétextes divers et variés par les islamistes en Asie, en Afrique, en Amérique … Les nombreux attentats au Nigéria, au Mali, à Bali, au Canada, en Australie …nous rappellent que le phénomène est mondial.

Et une analyse de l’histoire montre que les conquêtes islamiques se sont toujours violemment opposées aux autres civilisations au cours des siècles (Inde, Europe chrétienne, Russie, Espagne, Empire Byzantin …). Souvenons-nous que l’islam avait conquis les Balkans et qu’il a été stoppé à Vienne par deux fois. Puis au 18ème siècle, la civilisation occidentale a pris le dessus. Une tendance planétaire lourde et historique est à l’œuvre.

Par ailleurs, il convient de relever, qu’alors que la France a été attaquée à plusieurs reprises par les islamistes depuis 2012, environ 30% des français pensent que l’islam est une menace (source http://www.atlantico.fr/decryptage).

 On ne peut pas dire que les français soit très anti-musulmans.Plus encore, suite aux attentats, les français se sont flagellés en s’accusant d’ « apartheid »(sic), en s’imposant la politique de peuplement, en rendant optionnel au collège l’histoire de la chrétienté et obligatoire celle de l’islam puis enfin, cerise sur le gâteau, en prônant même de ne plus autoriser les crèches dans les lieux publics (cf. déclaration du 18 novembre François Baroin, président des maires de France). Une France aussi culpabilisée peut-elle être raciste ?

C'est la misère sociale qui cause le djihadisme

Thierry Get : Si la misère sociale explique l’existence de dizaines de milliers de djihadistes, comment expliquer alors que le très faible niveau comparatif des terrorismes indous, chinois, mexicains ou encore de pays d’Amérique du Sud ? Et ce alors que nombre de ces pays ont souvent été très pauvres.

Et si la misère explique tout, pourquoi les pires extrémistes sont ressortissants d’Arabie Saoudite ou d’autres monarchies pétrolières où l’argent coule à flot ?

A titre accessoire, pourquoi Ben Laden, milliardaire, est-il allé combattre en Afghanistan, au Pakistan, vivre dans des grottes au risque de sa vie ? N’était-il pas mieux à siroter un cocktail au bord de sa piscine ?

Le moteur principal du djihadisme est plutôt religieux/idéologique. On peut aussi ajouter que le vide créé par la déchristianisation de l’Europe de l’ouest a ouvert un appel d’air pour l’islam.
Roland Hureaux :  La première génération des terroristes islamistes, les Ben Laden ou les Mohammed Attia, auteur de l'attentat du 11 septembre 2001, ne venaient pas des couches les plus pauvres du monde arabe mais de la haute bourgeoisie saoudienne ou égyptienne. Leur attitude exprimait plutôt un orgueil national  blessé, celui des élites arabes vis à  vis de l'Occident, qu'une revendication sociale.

Les fellahs d'Egypte qui ploient  soue l faux depuis des millénaires ne sot pas tentés par le terrorisme. Ils veulent survivre jour après jour, c'est tout.

A un moindre degré, on ne  voit pas que les terroristes français  actuels viennent de la partie la plus malheureuse  de la population immigrée: certains ont été élevés dans des pavillons de banlieue, d'autres sont employés  à la Mairie de Paris, à la RATP.  Pour ne pas parler des convertis.
Le terrorisme est un idéologie folle - toues les idéologies sont folles mais pas au même degré. C'est une sorte de maladie de l'esprit qui peut se développer à tous les niveaux de la société.

L'islam n'est pas intégrable, il a vocation à avoir un statut de second rang

Alexandre del Valle : Comme l’a résumé le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi devant la plus prestigieuse université sunnite Al-Azhar début janvier 2015: la difficulté de l’Islam n’est pas avec la religion en tant que foi, mais avec la partie idéologique et politique de la religion qui a été figée et malheureusement n’a pas été réformée depuis le 10ème siècle. Cette idéologie théocratique et conquérante (islam orthodoxe dont découle la charia), qui a été hélas sacralisée au même titre que la foi et qu’il est depuis lors impossible à critiquer, sous peine de graves conséquences, demeure la source première, endogène, du totalitarisme islamiste.

Donc oui, elle n’est pas intégrable si l’on prend le corpus idéologique non reformé (islam sunnite orthodoxe ou source « endogène » de l’islamisme). Par contre non si l’on prend la foi musulmane en tant que religion privatisée, fois personnelle, qui ne s’occupe que d’affaires spirituelles, le problème ne se pose pas, mais cet islam adapté à la laicité est combattu par les orthodoxes et les islamistes. Le problème n’est pas avec l’Islam en tant que foi mais avec ceux qui en ont une lecture orthodoxe bédouine et théocratique incompatible avec notre modèle.
 
Aujourd’hui, l’Islam n’est absolument pas placé au second rang. Il n’y a rien de plus faux que d’affirmer cela. Et lorsque tant de responsables musulmans victimistes affirment qu’il est injuste  que les 6 millions de musulmans aient bien moins de mosquées que les chrétiens et pas de fêtes musulmanes officielles, il faut leur répondre qu’une religion implantée massivement depuis moins de 50 ans et venue d’ailleurs ne peut pas rattraper d’un coup 2 000 ans d’histoire chrétienne de la France ! En outre, au niveau de la visibilité dans les collectivités locales et les médias, notamment, on constate plutôt une progression de l’islamiquement correct. Dans les médias, nous sommes en effet davantage informés depuis quelques années sur le ramadan que sur le carême. Fewzi Ben Habib, un intellectuel algérien habitant de Saint-Denis qui livre un témoignage marquant dans Marianne (lire ici  http://www.marianne.net/saint-denis-ma-ville-heure-islamiste-100238075.html) souligne que dans les cantines de ce département, les autorités sont davantage soucieuses de l’alimentation musulmane rituelle que de celles des catholiques par exemple.

En matière de concessions et de droits exorbitant puis d’accomodements raisonnables », la religion musulmane a déjà dépassé le christianisme dans de nombreuses sphères de la société française et européenne. Et en matière de réislamisation (mise au pas des quartiers, revendications de nourriture hallal, voile et burqa, progression de la judéophobie islamique et concessions diverses), il s’agit d’ailleurs d’une tendance extrêmement inquiétante et lourde car cela a commencé ainsi en Algérie et dans d’autres pays musulmans: conformisme, encadrement des masses, multiplication des voiles, etc, certains pays européens ont déjà dépassé certains pays musulmans… sans parler des nombreuses associations loi 1901 qui sont détournées pour gérer et financer  le culte musulman. Il faut bien avouer, qu’il y a pire comme second rang pour une religion qui est là depuis 50 ans et qui est minoritaire.

Les cités et les quartiers difficiles sont injustement associés au terrorisme

Thierry Get : Il est difficile de dissocier ces quartiers du phénomène dans la mesure où la majeure partie des mosquées prêchant un islam radical sont très présentes dans ces quartiers. On peut aussi se souvenir qu’une masse des « jeunes » des quartiers ne condamnait pas ou approuvait les attaques de janvier 2015 (absence de respect de la minute de silence dans nombre de communes, approbation/justification avec 21000 tweets en 2 jours « je suis Kouachi» …).
Par ailleurs, les responsables policiers ont toujours dénoncé une prolifération anarchique des armes de guerre dans les zones sensibles. Selon des spécialistes des milliers d’armes de guerre de type kalachnikov circuleraient dans les quartiers difficiles.

Le seul moyen de lutter est d'aller plus loin dans les mesures de surveillance

Alexandre del Valle : Il y a beaucoup de moyens pour lutter contre le terrorisme. Déjà au niveau de l’éducation, mais aussi de la réforme de l’Islam. Il existe de nombreux musulmans modérés, d’intellectuels ou d’imams qui tiennent des discours qui invitent clairement à une reforme de l’Islam. Malheureusement, nous les voyons rarement. C’est comme la nouvelle trahison des clercs.
A court terme, il est certain qu’il faut de la surveillance, mais pas du tout comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et François Hollande en réduisant les effectifs de police dédiés à cette lutte. Ce n’est pas avec des logiciels et des cameras ou même des traces d’ADN que nous allons lutter contre le terrorisme et collecter des renseignements humains et de terrain ! Il faut des hommes qui suivent de près et il en faut beaucoup : entre 10 et 20 hommes pour surveiller un profil dangereux. Imaginez le nombre d’homme qu’il faudrait pour surveiller environ 5000 personnes susceptibles d’être radicaux ? Nous avons opté pour une réforme qui vise à supprimer le renseignement humain au profit de moyens technologiques… Sauf que rien ne pourra remplacer l’efficacité d’un homme.

Au-delà des moyens humains, il faut une plus grande cohérence entre les juges et les policiers. Tant que les juges relâcheront ou refuseront de condamner les personnes arrêtées par la police, sous prétexte qu’il n’y a pas de place dans les prisons, ça ne marchera pas. Par exemple, l’un des terroristes arrêté dans le cadre des attentats de Paris en était à sa huitième condamnation pour des motifs graves, et il n’a jamais été en prison… Quand le travail de la police est cassé par les juges, comment voulez-vous les faire ? ensuite, il faut favoriser une meilleure coopération entre les services de renseignements policiers et militaires puis les renseignements dans les prisons, véritable vivier de futures terroristes.

Le degré de responsabilité des politiques en matière de bugs de renseignement 

Alexandre Del Valle : Il est vrai que, parfois, nous avons collectionné quantité de renseignement sans savoir plus quoi en faire. Nous disposons de nombreux moyens (caméra, logiciels… ), mais rien ne remplacera jamais l’efficacité d’un enquêteur de terrain qui sait interpréter un message. Rien ne remplacera l’analyse humaine. Pour cela il ne faut seulement pas qu’un homme soit derrière un ordinateur mais qu’un homme soit capable de collecter des informations sur le terrain qui soient analysées par d’autres hommes. C’est un budget qu’il faut dégager. Il faudrait au moins multiplier par dix les renseignements humains pour qu’un terroriste ne puisse agir en étant surveillé.

Le principal coupable, ce sont les religions en général


Thierry Get : Je serais tenté de répondre « oui et non ». Car, tout de même, il convient d’atténuer le propos et de ne pas mettre toutes les croyances dans le même sac car d’un point de vue statistique, on a tout de même peu tué ces dernières années au nom du bouddhisme, de l’hindouisme voire de la scientologie.


Il est vrai que nombre d’agressions ont été commises au nom du christianisme notamment au Moyen âge. Mais ces agressions étaient en contradiction avec les messages des évangiles qui a permis depuis l’émergence des lumières au 18ème siècle  et de la laïcité (« rendez à César ce qui est à César »).
En conséquence, l’islam doit prendre en compte l’apport des lumières et ne pas laisser croire qu’il en est encore au moyen âge et qu’il a le temps de progresser. Une prise de conscience s’impose à lui d’urgence

Roland Hureaux : Pas d'amalgame !
Mettre le terrorisme , tel que nous venons de le vivre, sur le compte des religions en général est à la fois injuste, faux et dangereux.

C'est d'abord profondément injuste. Car toutes les religions ne sont pas également concernées . S'il est vrai qu'on ne peut pas mettre sur le même plan 8 terroristes et 7 ou 8 millions de musulmans vivant en France ou en Belgique, c'est un fait que dans les affaires récentes de terrorisme en France ou à l'étranger, les terroristes sont tous musulmans.

Il n'y a pas à ma connaissance aujourd'hui de terroristes chrétiens . Il n'y a pas en particulier de terroristes chrétiens en Orient Au contraire, les chrétiens qui vivent en Orient sont les premières cibles des terroristes, les mêmes qui viennent faire des attentats aveugles chez nous, en tous les cas qui se réclament de la même idéologie, de même que d'autres minorités religieuses également pourchassées comme les alaouites ou les yézidis. Il est donc assez abject de mettre sur le même plan les bourreaux et les victimes. Etant entendu qu'il y a aussi en Syrie en Irak et au Yemen beaucoup de victimes musulmanes.

Tout le monde dit "pas d'amalgame", pas d'amalgame", tous les musulmans ne sont pas des terroristes, ce qui est vrai . A fortiori ne faut-il pas faire d'amalgame entre les terroristes et tous ceux qui ont une conviction religieuse.

Cet amalgame est ensuite faux car le terrorisme n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire, même quand il est suicidaire.

Les kamikazes japonais faisaient des attaques suicides sans référence directe à d'autres religion que celle de la patrie japonaise. Il est vrai qu'ils s'attaquaient à des combattants ennemis, pas à des civiles innocents.

Mais nous avons connu des terroristes s'attaquant à des civile innocents , il n'y a pas si longtemps, en Algérie, en Irlande, au Pays basque. Ceux là ne se battaient pas d'abord pour une religion mais pour une idéologie, régionale ou nationale. Tuer des innocents pour terroriser et désorienter l'ennemi est le ba ba de la théorie de la guerre qui fut la méthode par laquelle beaucoup de mouvements d'émancipation coloniale se sont exprimés. Les mouvements qui ont fait le choix la non-violence, comme les disciples de Gandhi en Inde furent plutôt l'exception que la règle.

Le 1er novembre de chaque année , l'Algérie fête l'anniversaire du début de son mouvement d'indépendance, en 1954.. Or que s'est-il passé ce jour là ? Le FLN a fait sauter un autobus civil où se trouvaient en particulier un jeune couple d'instituteurs français. Ne soyons donc pas étonné qu'un Karim Benzema crache par terre pendant la cérémonie d'hommage aux victimes du 13 novembre.
Enfin l'amalgame que vous évoquez est éminemment dangereux dans le contexte qui est aujourd'hui celui de l'Europe occidentale. Ce genre d'attitude , très "bobo" est l'expression de la profonde déchristianisation de l'Europe. Cette déchristianisation se traduit au niveau politique par le refus de reconnaitre les racines chrétiennes de l'Europe.

Elle a deux effets pervers: elle nous rend encore plus haïssables vis à vis du monde musulman . Un musulman préféra toujours un Européen chrétien à un athée ou un laïciste, a fortiori un libertaire. Cet amalgame qui était, il fait bien le dire , en toile de fond de l'affaire Charlie, contribue aggraver la déchristianisation. Et comme la nature , y compris la nature sociale, a horreur du vide, devinez qui va remplir ce vide ? D'ailleurs beaucoup de jeunes gens qui ne sont pas nécessairement nés musulmans veulent s'engager dans le djihad pour combler un grand vide intérieur un désir de sacrifice qu'ils ne trouvent pas dans l'Europe postchrétienne. Ces gens là pourraient aussi bien , s'ils n'étaient pas victimes d'une atmosphère antichrétienne, entrer au monastère où ils feraient moins de mal.

Mettre un drapeau français et parler des attentats en France plutôt que de ceux au Liban ou au Mali, c'est de l'ethnocentrisme et du nationalisme dangereux

Roland Hureaux : On pourrait ajouter les attentats d'Istamboul et de Charm-al-Cheikh pour s'en tenir à  la période récente. Il est vrai que l'attentat de Paris doit être replacé an son contexte international . L'offensive djihadistes ne vise pas que la France . Elle a une dimension géopolitique extrêmement large, comme d'ailleurs l'offensive islamiste sur le terrain qui s'étend  des Philippines au Mali.
Dans les cas de Paris et d'Istamboul, sont visés deux pays qui avaient aidé les djihadistes de Syrie  et qui les aident peut-être encore, ce qui   montre que les considérations idéologiques transcendent  la gratitude.

Une fois admis qu'il faut voir large,  il est normal que la mort de Français nous touche davantage  que celle de Turcs ou de  Russes.  De même que ceux qui ont perdu dans ce drame de membres de leur famille seront plus sensibles à ceux-là qu'à d'autres Français.

Tenir  la compassion pour quelque chose d'universel qui ne devrait pas faire  de différence entre les proches et les moins proches, entre  nos compatriotes et les autres, serait le fait de gens particulièrement dénaturés. Des gens comme cela, il ne s'en trouve qu'en   Europe ! Et je crains que cet universalisme qui, hélas,  se répand dans nos sociétés sous le couvert de bons sentiments  ne soit une des dimensions du drame. Qui aime tout le monde également n'aime en  fait personne. Et qu'une partie des Occidentaux ne s'aiment pas eux-mêmes, est précisément ce qu'on  leur reproche. Le philosophe René Girard vient  de mourir et un de ses thèmes de prédiletion était le mimétisme des sentiments. Quelqu'un qui s'aime beaucoup lui-même incite les autres à l'aimer. Quelqu'un qui se déteste lui-même incite les autres à le détester. Ceux qui disent ce que vous venez de dire ne doivent pas s'étonner d'être détestés.

Par rapport à cela, le drapeau est un symbole  . Un symbole légitime. La manière dont le principe du drapeau français a été discrédité au cours des dernières années est un signe de cette morbidité qui nous rend haïssables au reste y monde.

Alexandre Del Valle : C’est un argument est assez stupide ! Lorsqu’on brandit le drapeau français, c’est là un  symbole issu de la révolution : un symbole qui invite toute personne qui vit sur le territoire national à re réunir et partager des valeurs . Au Liban et au Mali, ceux qui opposés à la barbarie islamiste brandissent aussi leur drapeau national symbole d’unité face à la division recherchée par les islamistes jihadistes. Le drapeau est une réponse locale à une agression qui cherche à diviser. Le drapeau français est patriotique plus que nationaliste. Le « patriotisme intégrateur » ne signifie pas ethnocentrisme mais le rassemblement.

mardi 24 novembre 2015

la mouclade

Recette d'Anne Alassane : la mouclade

- Plat / Coquillages -
Découvrez la recette de la "Mouclade façon Anne Alassane" élaborée par la Chef et son invitée Élodie.
  • Par Sylvain Antoine
  • Publié le 13/09/2015 | 11:30 , mis à jour le 22/09/2015 | 18:35

INGRÉDIENTS (POUR 4 PERSONNES)

  • 2 litres de moules
  • ½ hareng fumé
  • 20 cl de pineau des charentes
  • 2 échalotes
  • 30 g de beurre
  • 1 citron
  • 2 gousses d’ail
  • 1 oignon
  • 1 bouquet garni
  • 50 g de crème fraîche
  • 20 cl de crème liquide (fleurette)
  • 1 c à s de curry en poudre
  • 1 c à s de persil
  • sel, poivre 5 baies

La France face au défi du salafisme

La France face au défi du salafisme : entre respect de la liberté de conscience et risque de délitement social causé par un “apartheid” volontaire, où placer le curseur ?

Depuis les années 90, le nombre d'adeptes du salafisme est croissant en France. Si cette pratique n'est pas (toujours) violente, elle n'en reste pas moins un vrai terreau pour le terrorisme et l'idéologie prônée par l'Etat Islamique. Néanmoins, ce n'est pas le seul problème qu'elle présente : le risque de fracture sociale est réel, tant le mode de vie prôné par les salafistes diffère (et rejette) celui du citoyen de la République Française.

Contradiction fondamentale

Publié le
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La France face au défi du salafisme : entre respect de la liberté de conscience et risque de délitement social causé par un “apartheid” volontaire, où placer le curseur ?
Cheikh Abd Elfatah, un salafiste algérien. Crédit Reuters

Atlantico : A la suite des attentats, Manuel Valls a cherché à nommer l'ennemi intérieur français en visant du doigt le salafisme. Depuis les années 1990, le courant salafiste est en progression en France, pointé du doigt après chaque attentat. Pour autant, tous les salafistes sont-ils violents ? Ne faudrait-il pas, finalement et au nom de la liberté d'expression, de pensée, etc, tolérer le salafisme en France ?

Guylain Chevrier : Effectivement, Manuel Valls a désigné l’islamisme radical comme l’ennemi et le salafisme comme l’un des éléments de l’islamisme radical, « antichambre de la radicalisation » qui peut conduire au terrorisme. Mais pour bien comprendre ce qui s’opère avec la montée du salafisme en France depuis les années 1990, il faut voir que ce mouvement plonge ses racines en Arabie saoudite, qui s’éloigne d’une tradition plus modérée propre aux traditions du Maghreb qui dominait les mosquées sur notre sol. Un mouvement que l’on connait en Afrique par exemple, avec des mosquées financées par les pays du Golfe, ce qui est allé de paire avec l’avènement de mouvements religieux radicaux qui, il y a dix pour la plupart, n’existaient pas ou était marginaux.

Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l'islam des origines. Les salafistes sont les adeptes d’une lecture littéraliste du Coran et d’une pratique rigoriste. Ils se sont fait d’abord discrets paraissant ne pas s‘intéresser à la cité, mais ont progressivement ensuite investis les mosquées, dont une centaine qu’ils dominent aujourd’hui et font partie des 150 mosquées radicales (chiffre du ministère de l’intérieur).
En dix ans, leur nombre s’est multiplié par trois, arrivant à une mouvance entre 15.000 à 20.000 personnes. Ils prospèrent sur la surenchère, proposant toujours plus sur les tenues vestimentaires, sur le caractère traditionnel et conservateur de la prière, le respect stricte des textes au nom de la « vraie religion », ce qui ne laisse pas insensibles certains. Azzedine Gaci, le recteur de la mosquée de Villeurbanne, peut aussi expliquer que dans ce domaine  que les instances musulmanes ne sont pas capables de gérer le problème.
 Mais aussi, que « Certains politiques, certaines municipalités ne sont pas claires dans leur façon de réagir. Beaucoup d’associations ont pignon sur rue sans avoir d’autorisation. Ce n’est pas normal » dit-il. Face à l’affichage de plus en plus ostensible de ces structures, le gouvernement a annoncé son intention de fermer les lieux de culte ou de dissoudre les associations qui « s’en prennent aux valeurs de la République ».

Certains défendent que cela jette une même suspicion sur l’ensemble du courant salafiste, accusé de faire le lit du radicalisme. On parle d’un mouvement composite fondamentaliste, constitué en particulier d'une mouvance traditionaliste et d'une mouvance djihadiste. Certains spécialistes avancent que les salafistes seraient en majorité des « quiétistes », animés par des préoccupations religieuses, hostiles à toute implication dans la vie sociale et politique ce qui constituerait une critique du djihadisme. « Quiétistes » ?
Tout d’abord, le projet des salafistes d’imposer en France un mode de vie religieux qui est le leur, le retour au mode de vie du prophète n’est pas neutre, car ils sont en faveur d'une application stricte de la loi islamique (Sharia), on sait ce que cela veut dire.
Ils pratiquent la polygamie interdite par la loi, une inégalité entre hommes et femmes qui va jusqu’à effacer l’identité de ces dernières, imposant le voile intégrale et le retrait total de notre société, de façon discriminatoire, dans le mépris de la loi d’interdiction de la dissimulation du visage dans les lieux publics (11 octobre 2010), rejettent la République en bloc et même avec elle la musique, n’est-ce pas un peu politique tout de même ?
 Et puis, on connait ces mouvements sectaires qui se présentent comme non dangereux lorsqu’ils sont en groupes restreints mais dès qu’ils prennent de l’importance n’hésitent pas à recourir à la violence pour imposer à l’ensemble de la société leur vision des choses, comme la seule conforme.
C’est bien à quoi nous avons assisté dans les pays du printemps arabe. Comment peut-on aussi oublier que le rapport littéral au texte coranique relève d’un projet religieux qui entend organiser non seulement les croyants mais l’Etat à son image? Rappelons-nous comment ont régulièrement dégénérés les contrôles par la police de femmes en voile intégral, en émeutes de quartier, comme à Trappes ou à Marseille, montrant l’influence du salafisme perçu par les autres musulmans comme se reconnaissant dans cette radicalisation religieuse, pour appeler un chat un chat, mêmes s‘il ne s’agit pas directement de djihadisme.

Alexandre Del Valle : C'est une question très délicate, dans la mesure où on ne peut pas empêcher qui que ce soit de penser quelque chose tant que des actes dangereux ne sont pas commis. La question qu'il convient de se poser est celle de la dangerosité du mouvement. Appelle-t-il à la haine ? Tombe-t-il sous le coup de la loi ? Dès lors qu'un mouvement salafiste prône l’inégalité entre les sexes, incite de ce fait à l'infériorisation de la femme ou à la haine envers le "mécréant" ou "l’apostat", ce que font la plupart des salafistes, y compris ceux réputés non-violents dits "quiétistes", alors on fait face à un véritable problème.

Certes, nous ne pouvons évidemment pas interdire et emprisonner tous ceux qui s'en réclament, sachant qu’à l'intérieur même de l'islamisme salafiste, il existe plusieurs mouvances, politiques, non politiques, violentes, ce qui inclut les djihadistes, mais aussi quiétistes et littéralistes, souvent non-violentes et a-apolitiques.  En fait, le terme salafisme vient de l’arabe "salaf" ou "ancêtre", ou encore "pieux prédécesseur", en référence aux premiers musulmans. Il prône le retour à la pratique ancestrale du "vrai" islam "pur" des origines, qui serait pour eux celui de l'époque du prophète et dont les musulmans seraient coupables de s’être éloignés. Ils rejettent tout apport "infidèle" qui aurait "perverti" l’islam au nom d’une lecture littérale des textes coraniques et des hadith.

Qu’ils soient "modérés" pacifistes quiétistes ou jihadistes, le socle commun aux salafis est de prôner des règles et pratiques socio-religieuses ultraconservatrices (barbe longue sans moustache, tenue traditionnelle - kamis, ou djellaba, calotte pour les hommes;  voile intégral-niqab pour les femmes puis une fermeture fondée sur un ultra-ritualisme et une imitation obsessionnels des pieux ancêtres et de Mahomet. Trois courants différents.

Ce terme global se réfère donc aux courants les plus orthodoxes et obscurantistes de l'islam sunnite, dont le centre et le cœur est l’Arabie wahhabite et dont l’école de référence est le Hanbalisme. Malgré leur diversité, tous défendent une lecture extrémiste de la charia qui en font de facto des ennemis des sociétés démocratiques, séculières et ouvertes occidentales ou autres "mécréantes".

D’après les spécialistes, on peut distinguer entre 1/ le salafisme politique "réformiste" (notamment le mouvement Sahwa Islamiyya en Arabie saoudite, le “réveil islamique”, qui appelle la monarchie saoudienne corrompue et soi-disant pro-occidentale à se "réformer" politiquement, non pas au sens occidental du terme réforme mais au sens des Frères musulmans, dont cette mouvance est proche.

2) Le salafisme-jihadiste, qui accorde au jihad guerrier une place centrale au sein même de la croyance religieuse et qui inspire la plupart des terroristes sunnites salafistes. Le clivage majeur existant en son sein concerne la portée géographique du jihad, qui est tantôt global et donc à la fois contre "l’ennemi lointain" et "l’ennemi proche" pour les uns (Etat Islamique), ou seulement local (contre "l’ennemi proche", les "mauvais musulmans" ou "apostats") pour les autres. Ce courant -jihadiste est né de l’expérience des fameux Ikhwans en 1929 qui conquirent l’Arabie par la guerre et détrônèrent le Cherif de la Mecque, puis il réapparut sous la forme d’une opposition interne extrémiste en Arabie saoudite lors de la prise de la mosquée al-Haram à la Mecque en 1979 par le groupe Juhayman al-Utaybi. On le retrouvera aussi dans le cadre de la lutte contre l’occupation russo-soviétique en Afghanistan durant la fin de la Guerre froide et c’est dans ce contexte que naîtra Al-Qaïda  autour d’Abdullah Azzam et Oussama Ben Laden. Le jihadisme est alors alors un véritable dogme religieux et la forme suprême de lutte révolutionnaire totale et sacrée.

3/ Le Salafisme dit "quiétiste", très présent en Europe et majoritaire au sein du salafisme européen et occidental. On sait que 95 % des salafistes présents en Europe sont des salafistes quiétistes, qui prônent le retour aux "sources pures" de l’islam. Ils se désintéressent ainsi en général de la question politique et sont souvent opposés à l’action violente, même si leur idéologie est fondamentalement  intolérante et obscurantiste.
En fait, lorsque l’on a affaire à un mouvement salafiste et violent (cas 2), la question ne se pose même pas de savoir si on peut le tolérer: il se doit d'être interdit en vertu de la loi, tout simplement, et sa tolérance est coupable. Lorsqu’il n’est ni violent ni terroriste (cas majoritaires en Europe), mais qu’il appelle à la haine de l’Autre et au refus de la loi en vigueur jugée "impie", il mérite d'être interdit dès lors qu'il va également à l'encontre de la loi (appel à l’infériorisation des femmes, des "apostats", des mécréants, refus de laisser des femmes se faire soigner par des hommes dans les hôpitaux, etc). Néanmoins, lorsqu'il n'est ni violent, ni djihadiste, ni en flagrant délit d'incitation à la haine et à la discrimination, il ne peut évidemment pas être interdit.
Cela étant, si l’on constate que ses adeptes sont recrutés selon des méthodes sectaires et qu’ils sont incités à se couper de la société, il doit être placé sous surveillance, de la même façon que l'on surveille une secte.
D’une manière générale, l'Etat (comme les collectivités territoriales) ne peut pas reconnaître et donner des facilités d'aménagement aux tendances salafistes de l’islam dans la mesure où dans le meilleur des cas ce mouvement est obscurantiste et prône le repli communautaire face à une société "impie". Il est clair que les adeptes du salafisme qui ont l'habilité de ne pas appeler à la haine et qui ne sont pas solidaires de mouvements violents ne présentent aucun motif d'arrestation : on ne va pas les interdire en raison d'un délit d'opinion.
Il faut toutefois rester prudent et l’on ne peut pas reconnaître officiellement un culte obscurantiste qui diffuse une lecture littéraliste et fanatique de l'Islam, qui est intolérant et qui prône un mode de vie similaire à celui de Mahomet et des ses "successeurs bien guidés" (Kalifes rachidoun) aux VII et VIIIèmes siècles. Un mouvement de la sorte est nécessairement dangereux au niveau sécuritaire (excepté la version 2 bien sûr), mais il apparaît difficile de le reconnaitre officiellement en l’incluant dans le CFCM, ou de lui permettre de bénéficier de la moindre complicité ou aide financière des forces publiques en dépit du fait qu'il soit toléré.

Gérard Leclerc : Le problème est délicat. Il est primordial de ne pas permettre un salafisme violent ; d'autant plus dans la mesure où il y a aujourd'hui une intoxication de jeunes gens par des prêches outranciers. C'est quelque chose qu'on ne peut pas laisser faire. Dès lors que la sécurité publique est en cause, l'Etat est obligé d'intervenir : c'est une question de sécurité publique. La liberté d'expression souffre de limites, précisément définies par la sécurité, la sécurité du pays… Lorsque des prêches salafistes outranciers conduisent à un engagement violent, on doit réagir. L'Etat est tout à fait légitime à le faire.

Néanmoins, il s'agit pour l'Etat d'intervenir sur le terrain de la liberté de conscience et c'est là que cela devient si délicat. Il y a tout un discernement à opérer, notamment en ce qui concerne la régulation du religieux. Le problème que l'on constate avec l'islam c'est cette absence de régulation. L'Eglise catholique est régulée par un magistère. Cette autorité a la possibilité de déterminer ce qui est orthodoxe de ce qui est hétérodoxe. Cela n'existe ni dans le cadre de l'Islam ni, plus spécifiquement, dans l'Islam en France.
Certains, y compris parmi les musulmans, préconisent pourtant une sorte d'autorité spirituelle musulmane, capable de discriminer ce qui est ou n'est pas acceptable, du point de vue de la foi. Une espèce d'orthodoxie musulmane, somme toute. L'absence de cette autorité musulmane est un gros problème. La liberté de conscience, la liberté de croyance et la liberté de religion (y compris dans le cadre d'un salafisme qui ne serait pas violent) sont cruciales et il convient de les préserver. De ce fait, il y a une double obligation de la part de l'Etat. En premier lieu, l'interdiction de ce qui va à l'encontre de la sécurité publique, puis en deuxième lieu, demander à l'islam de France de s'organiser. Napoléon avait procédé de la sorte avec le judaïsme, en cherchant à l'organiser dans le cadre national pour permettre cette régulation du religieux. C'est également ce que Nicolas Sarkozy avait voulu faire quand il était ministre de l'Intérieur : contraindre l'islam de France à s'auto-réguler. Ca n'est malheureusement pas évident, puisque ça n'est pas dans la tradition de ce culte.

Dans quelle mesure est-ce que le salafisme est-il répréhensible aujourd'hui ? La liberté de croyance assurée par le caractère démocratique de la France ne devrait-elle pas nous pousser à nous résigner à ce genre de pratiques ?

Guylain Chevrier : Les salafistes viennent prier dans les mosquées à côté des autres musulmans, mais en groupe, ils ont de l’influence, et endoctrinent. Ils sont partout, et comme il est constaté, ont tendance à se répartir sur le territoire en étant présents dans de nombreuses mosquées. Le sociologue Raphaël Liogier, à la tête de l’Observatoire du religieux, dont la spécialité est une défense inconditionnelle de l’islam, nous explique sur France info vendredi dernier, qu’il ne serait là question que d’une différence de mode vie, qu’il faudrait tolérer, et que le fondamentalisme serait même une résistance contre le djihadisme, car il ne serait pas dans l’islam politique (sic !). On voudrait bien comprendre ?
Derrière le fondamentalisme qui peut passer pour du quiétisme, leur mode de vie et leur idéologie constituent une véritable rupture avec la République, nos valeurs et principes, nos lois ! Pire, le fondamentalisme désigne l'attachement strict aux principes originels d'une doctrine religieuse, considérée comme la seule « vraie » religion, et donc, fidèle aux textes.
Mais comment ignorer où vont chercher la légitimité de leurs actes les djihadistes? Dans le Coran ! Où on trouve des appels à la violence en faveur du jihad (guerre sainte), particulièrement envers les apostats et les mécréants, les juifs et les catholiques, de nombreuses fois : « Ceux qui ne croient pas dans nos versets, nous les brûlerons bientôt dans le feu » (Coran, Sourate 4.56). D’autre part, le projet d’organiser leur vie communautaire sur le modèle du prophète, n’est-ce pas un projet politique, qui s’ils le pouvaient, l’imposerait à tous? Comment donc ne pas voir, que le salafisme constitue une entrée vers la radicalisation ? Les Tunisiens qui s’y sont confrontés ne s’y sont pas trompés, ils ont fermés les 80 mosquées salafistes après les attentats de Sousse. Le droit de croire n’est pas en cause, mais une forme de croire qui s’oppose à tous nos principes aujourd’hui et à des relations raisonnées et apaisées avec l’islam de France.

Alexandre Del Valle : Cette question est formulée de telle sorte qu'il apparaît presque obligatoire de dire oui ! Pour autant, je crois que nous ne sommes obligés en rien, et que le critère de décision est très simple : est-ce qu'un mouvement tombe ou non sous le coup de la loi. Si non, la question ne se pose pas. Cependant, s'il est sous le coup de la loi, la réponse est également claire: il faut l'interdire. Tout dépend de cette question de conformité avec la loi, ce qui implique qu’il faut pouvoir prouver qu’un salafiste non-violent ait tenu des propos pouvant troubler l’ordre public ou menacé des personnes jugées "impies" et inférieures. Le débat n'est donc pas celui de la liberté de pensée – chacun pense ce qu'il veut, puisque le critère est celui de l'application de la loi. Mais même lorsque certains groupes salafistes sont assez habiles pour ne pas se faire prendre en flagrant-délit de promotion de la charia dans ce qu’elle de plus violent et inégalitaire, nous ne pouvons pas agir comme le Premier ministre du Canada, ou d’autres politiques occidentaux, notamment anglais, en réalisant des "accommodements (soi-disant) raisonnables" avec des mouvements officiellement intégristes, voire totalitaires. Ces exceptions, au titre du "droit à la différence" ou de la "liberté de culte" ne doivent servir à justifier la non-application de la loi, car la Charià dans sa version salafiste est clairement hostile aux sociétés ouvertes et occidentales.

Quand des collectivités locales accordent des facilités, des terrains ou, plus simplement lorsque l'administration autorise des associations dites "culturelles" (loi 1901) qui sont en réalité des associations cultuelles (loi 1905), on détourne carrément la loi au profit du communautarisme confessionnel subversif et contraire à la République. Le culturel est alors détourné au profit du cultuel. C'est tout à fait illégal : une association culturelle ne doit jamais financer ou promouvoir le culte, et le fait que cela profite aux adeptes d’une idéologie qui nous est fondamentalement hostile est un facteur aggravant. Hélas, aujourd’hui, et ceci depuis des décennies, nombre d’associations qui servent à organiser et financer le culte musulman sont des associations purement culturelles, qui répondent à la loi 1901, plus souple que celle de 1905. C'est une situation tout à fait illégale dont les islamistes radicaux savent profiter et abuser.

Prenons également l'exemple de l'imam de la mosquée de Brest : les propos qu'il tient tendent à la déshumanisation, quand il déclare "que ceux qui écoutent de la musique et qui dansent sont des singes et des porcs". Il est relativement facile de démontrer l'illégalité de ce genre de mécanismes de déshumanisation, d'autant plus graves qu'ils ont servi à tous les totalitarismes pour désigner leurs victimes avant des meurtres de masses. La République ne peut pas tolérer que des mouvements – même non violents – considèrent les gens qui aiment la musique, les femmes, ceux qui sont "païens", juifs ou chrétiens (ces mécréants) comme des singes ou des porcs. Selon les salafistes, la femme est inférieure et peut-être corrigée par son mari… elle doit également être excisée… Quand bien même ils n'annoncent pas vouloir appliquer leur vision totalitaire de la charia en France, ils estiment normal en son nom que l'on coupe la main des voleurs, qu'on lapide des gens ou que l’on soit polygame. L'application de la charia tombe par conséquent forcément sous le coup de la loi, ce que même le Conseil de l’Europe a reconnu dans une résolution célèbre. Le simple fait de se solidariser avec la charia constitue à mon sens une illégalité : car elle contient, surtout dans sa lecture salafiste-hanbalite-wahhabite, tout ce qui est contraire à la démocratie, aux droits de l'Homme, à l'égalité.

Jusqu'où est-il vraiment possible de faire co-exister ces deux modèles ? Comment arriver à un équilibre ?

Guylain Chevrier : Les salafistes prônent un islam sans concession à l’Occident. Il n’y a pas d’équilibre possible avec des individus qui se mettent volontairement non seulement hors de l’art de vivre de notre pays, mais hors la loi en raison de leur mode de vie. La question est celle d’un choix de société. Nous ne sommes pas dans un pays comme l’Angleterre où les rapports entre les citoyens sont organisés sur le mode d’une règle du jeu définie devant les tribunaux et quelques textes de référence poussiéreux. Il n’y a pas d’équivalent de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
En lieu et place du principe d’égalité c’est celui de la non-discrimination qui encourage l’expression des différences, où existe encore le délit de blasphème, dans un esprit très libéral qui entend laisser les individus aux mains de groupes auxquels on les assigne et séparent selon la religion, l’origine, la couleur, sous le signe du multiculturalisme. Quant à nous, nous sommes dans une société qui est organisée sous une République dont la Constitution contient au sommet de sa pyramide une philosophie de l’homme, qui tient dans quelques principes fondamentaux sur lesquels si on lâchait un tant soi peu, s’en serait fini de nos beaux idéaux et dans le concret, de la liberté de l’individu, de ses droits. Si nous laissons s’organiser des groupes communautaristes qui rompent l’égalité entre les citoyens, la République n’y survivra pas. Les salafistes sont de ce point de vue une tête de pont, un bélier, qu’il faut stopper.

Alexandre Del Valle : Il est vrai, tant pour le salafisme que pour le mouvement islamiste quiétiste indo-pakistanais Tabligh, ou d'autres mouvements islamistes radicaux qui prônent une imitation de l'époque du prophète, qu'un phénomène d'auto-exclusion se met en place. Ces mouvements prônent le fait que "l'infidèle souille" le fidèle ; qu'il est "impur", indigne de confiance ou de compagnie, et que normalement, un musulman ne peut vivre que sous un régime islamique (dar-al Islam), et à défaut vivre replié et coupé des "infidèles". Par-dessus tout, la femme musulmane ne doit pas épouser ou même être en contact avec les "mécréants". ce dernier est considéré par essence comme dangereux pour l'homme et pour la femme. Il est "pervers", ses lois (et tout ce qui lui ressemble) est "anti-islamique". De ce fait, en prônant ce genre de vision, les salafistes s'excluent eux-mêmes de la République. Je ne crois pas à l'idée d'une exclusion à proprement parler, mais je pense que les islamistes salafistes comme d’autres pratiquent l'auto-exclusion et le "ghetto volontaire". La République ne sépare donc personne, elle-le ne pratique aucun "apartheid", car ce sont ces gens qui se séparent de la République volontairement parce qu'ils n'adhèrent pas à ses valeurs.

Il est crucial de réaliser qu'on ne peut pas changer nos mœurs, nos lois, notre civilisation sous prétexte que certaines personnes adhèrent à un modèle obscurantiste. Ce n'est pas à notre société de s'adapter à eux, mais bel et bien à eux de se conformer aux lois de notre société. Quant à la notion d'équilibre que vous mentionnez… Il est déjà là : personne n'interdit les salafistes non-violents. Le problème ne se pose pas car personne n'a jamais songé à persécuter les salafistes. C'est, finalement, davantage eux qui posent des problèmes à l'administration (le voile, le visage couvert, la polygamie, le refus de laisser des femmes se faire hospitaliser par des hommes, etc…). Beaucoup de musulmans modérés de pays arabes m'ont expliqué que les salafistes sont actuellement plus libres à Londres ou à Paris que dans bien des pays musulmans…

Gérard Leclerc : Je suis un disciple de René Girard, qui a réfléchi toute sa vie à la question du rapport entre la violence et le sacré. Elle est, à ses yeux, inaugurale. Le religieux intervient aux origines pour réguler la violence et l'empêcher de faire éclater le groupe social. Par conséquent, le religieux est la médiation nécessaire pour empêcher la violence de produire ses effets. Le problème vient du fait que cette fonction est parfois corrompue, en ce sens que le sacré est compromis par la violence. Il faut donc purifier le sacré, en exorcisant la violence. Cet exorcisme de la violence, Girard l'observe dans le cours de l'histoire biblique. On retrouve, dans la Bible, des traces d'un religieux archaïque avec un dieu violent et vengeur. Le peuple de Dieu s'émancipe peu à peu de cette figure-là – toujours selon René Girard – pour reconnaître un Dieu de "tendresse et de pitié", ainsi qu'il décrit dans la Bible. On passe donc du Dieu vengeur au Dieu de "tendresse et de pitié". Selon René Girard, cette évolution est particulièrement visible dans la passion du Christ, dans la mesure où Jésus est l'innocent par excellence, pris dans un processus de lynchage qu'il n'accepte pas. Dans la sacralité violente ancienne, la victime était consentante vis-à-vis de son propre martyr : c'était une nécessité d'ordre sociale ; la médiation obligée pour rétablir une certaine paix. Dès lors, le christianisme apparaît comme la sortie de cette sacralité violente.

Cela ne signifie pas que, dans son histoire, le christianisme ait été indemne de cette sacralité violente. C'était une sorte de trahison des messages évangéliques les plus fondamentaux et de cette sortie de la violence. Avec l'islam, le problème vient du fait que le Coran est d'une teneur particulièrement violente. A l'origine, Mahomet est un chef de guerre. Il est, par conséquent, très difficile de séparer l'islam de ce contexte très guerrier. Cela étant, beaucoup de musulmans à la fois modernes et spirituels voudraient complètement revoir cet héritage de violence. C'est, bien évidemment, cette voix qui doit se faire entendre aujourd'hui. Le message qu'il porte est plus que jamais nécessaire et c'est ainsi et seulement ainsi qu'il sera possible de faire coexister deux modèles. Le modèle salafiste est porteur de violence. Il faut donc mettre en valeur un modèle de paix et de réconciliation, qu'on trouve dans certains rameaux de l'islam comme le soufisme.
Quelles sont les mesures à prendre pour apaiser la situation de tension que nous croisons aujourd'hui ?
Guylain Chevrier : On a vu se multiplier dans ce contexte les revendications identitaires à caractère religieux qui ont littéralement explosé à la faveur de cette mansuétude à un islam rétrograde et fondamentaliste, au nom du respect de la liberté de croire. La tendance à vouloir imposer partout le port du voile, rejeté par une large majorité de Français dans le travail ou à l’université, est un phénomène qui va de concert avec la montée du salafisme. On laisse s’installer dans des entreprises de plus en plus nombreuses, le fait qu’une partie du personnel puisse, pour faire ses cinq prières par jour, investir par exemple un vestiaire qui devient inaccessibles aux autres quand on ne donne pas une salle à cet effet, créant une discrimination envers les autres salariés, sans compter encore la pression communautaire que cela crée envers les autres musulmans que l’on cherche à y assigner qui ne veulent pas pratiquer la religion dans l’entreprise, mais aussi sur les autres salariés.

On voit une pression se faire sur notre société qui crée des tensions de plus en plus palpables dans tous les espaces, de l’hôpital à l’école... La complaisance dont les salafistes ont bénéficié jusqu’alors a banalisé leur vision de l’islam, servant de cheval de Troie entre autres, au refus d’hommes de serrer la main de femmes, qui se multiplie. Ce qui devrait être fermement condamnée devant les tribunaux, et qui relève d’une des entrées de la radicalisation religieuse, qu’on ne s’y trompe pas !

 Les conversions au salafisme procèdent d’une surenchère pour le nouveau converti, tenté d’en rajouter pour donner des gages à la communauté pour trouver sa place et être accepté, qui est la porte ouverte à la dérive djihadiste. Cette influence va jusqu’au cœur des quartiers, participant des ingrédients capables d’allumer des mèches chez des groupes de jeunes fanatisés, entre parcours délinquant, fondamentalisme et rejet de la République, qui sont toujours prêts à en découdre avec la police. Il y a derrière cela un vrai risque de contagion à certains quartiers de la violence sous le signe des attentats qui la banalisent.

Il y a un climat qui est très inquiétant sur la façon dont l’islam entend s’inscrire dans la République qui doit absolument évoluer pour prévenir le risque de radicalisation de certains. Il faut sortir d’une orientation de l’islam qui fait passer les valeurs religieuses avant celles de la société, comme l’enquête de l’institut Sociovision le révélait en décembre 2014, avec 56% des musulmans interrogés qui faisaient ce choix. Une attitude contraire à la République qui ne reconnait que des citoyens de droit avant des croyants, ce qui fait de nous des égaux avant d’être différents, permettant le mélange au lieu du repli et de la séparation. Un mode de croire qui rejoint l’idéologie salafiste.   Les salafistes jouissent d’une écoute, sans avoir provoqué des dénonciations ciblées et publiques de la part des autres religieux musulmans, montrant qu’ils jouissent d’une impunité dans leur propre champ d’action religieux et dans des quartiers, et même bien au-delà. Il a d’ailleurs fallu les derniers événements pour que l’on commence à prendre vraiment au sérieux les choses de ce côté. Il faut sortir de cette logique qui progresse chez les musulmans, qui veut que le droit n’ait pas de prise sur la foi, et donc casser ce refus de se soumettre aux règles communes dans l’esprit d’imposer sa loi religieuse à la loi de tous. C’est sans doute une des clés pour prévenir voire désamorcer le risque djihadiste. Bernard Cazeneuve a fait savoir que des procédures de dissolution « d'associations cultuelles occupant des lieux de cultes radicalisés et faisant l'apologie de la violence » étaient déjà en cours depuis plusieurs mois. « Elles arrivent à leur terme et elles feront l'objet d'un examen par le conseil des ministres. » Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech prédit que ces dissolutions « risquent d'être très ciblées et très limitées », en raison de la difficulté à rassembler des éléments de preuve. Ce qu’il faut, c’est pénaliser toutes les infractions : expulser les imams radicaux, poursuivre les incitations religieuses à la haine des valeurs occidentales démocratiques, et faire une évaluation du risque que représente le salafisme, afin de créer les conditions d’objectiver ce que ce mouvement à tendance sectaire engendre comme problèmes d’ordre public et comme risque. Il faut en finir définitivement en France avec cet islam qui ne peut que jouer contre les musulmans, la société et la République. Il y a urgence, nous n’avons plus le temps ni le choix.

Alexandre Del Valle : Je crois que ce qui rend les gens agressifs dans les milieux islamistes, c'est l'attitude de nos élites intellectuelles et politiques bienpensantes, et notamment de certains lobbies soi-disant "anti-racistes" mais à l’indignation sélective. Quand ces derniers font croire que la France est "islamophobe, raciste, intolérante" ; qu'elle "exclut", met en place un "apartheid" et que les musulmans seraient traités comme des moins que rien, je pense que c'est une inversion et surtout une incitation à la haine de la France et de l’Occident. Plus que les musulmans, ce sont les juifs et les "gaulois" qui sont tués et décapités, victimes d'attentats, de judéophobie et de christianophobie. En outre, cette auto-flagellation ne nous rend aucun service ! Comment voulez-vous que des gens s'intègrent à nos sociétés et à nos mœurs et nous respectent si, depuis tout petit, on leur explique que le Français est méchant que la France est "raciste" et qu'il ne faut rien en attendre et que l'islamophobie est une constante des sociétés occidentales ?

Pourtant, cela n'est pas quelque chose que je constate. Les musulmans qui ne se sont pas auto-exclus via une idéologie radicale ne m'apparaissent pas particulièrement stigmatisés, en France. En tout cas pas pour leur foi, car croire ou ne pas croire n’est pas un problème, mais un droit garanti et qui appartient au domaine privé. Une chose est certaine : les musulmans même islamistes sont beaucoup moins brimés et mal traités que ne le sont les chrétiens dans les pays musulmans les plus modérés !
La première des mesures consiste donc à mettre fin à ce discours de haine de soi. Même si cela peut paraître utopique ou long-termiste, je crois qu'il faut y mettre fin. Ce discours de la repentance (permanente) est très dangereux. Premièrement parce qu'il est faux : on n'est jamais le pire et chaque peuple a été dur avec d'autres et aucun n’est sans tache. Le peuple arabo-musulman n'en est pas exempt, puisqu’il fut dans l’histoire l’un des plus impérialistes, au moins autant sinon plus que nous. Faire croire à nos jeunes depuis l'enfance que nous avons toujours été coloniaux ou en croisade, que nous avons toujours été des prédateurs et toujours "humilié" les musulmans comme les africains, c'est dangereux. Nous avons colonisé, c'est indéniable, mais nous n'avons pas toujours été les colonisateurs, pas plus que nous ne l'avons fait tout le temps. Rappelons-nous que les peuples musulmans ont également colonisé l'Espagne ou la Sicile, qu'ils ont réalisé des razzias dans le sud de la France et même razzié Rome en 846, ce qu’aucun croisé n’osa jamais faire...

Il m’apparaît donc important de moins parler de nos "fautes ou erreurs passées" et d’aller ensemble vers le présent et le futur pour bâtir une société où les musulmans (comme n'importe quelle autre religion) sont les bienvenus mais à la seule condition qu’ils respectent des règles qui s'appliquent à tous. Il n'y a pas de place pour les exceptions qui empêchent, finalement, l'intégration.

Gérard Leclerc : C'est difficile à dire. Je crois qu'il faut scinder cette problématique en deux aspects : d'abord ce qui revient à l'Etat, puis ce qui revient aux musulmans eux-mêmes. Du côté de l'Etat, il faut mettre en place des mesures de sécurité immédiate qui consistent à expurger tous les imams fanatiques qui développent des prêches violents. Débusquer tous les réseaux qui mènent à Daesh… Ces mesures de polices reviennent strictement à l'Etat. Aux musulmans, en revanche, il revient de réguler leur religion. On peut penser à la mise en place, comme je le préconisais plus haut, d'une autorité doctrinale susceptible de s'opposer aux déviations violentes comme certains salafismes. Cette autorité condamnerait au nom de l'islam tous ceux qui ne se retrouvent pas sur un chemin de paix. 

Un rapport de force
L'Arabie Saoudite, berceau du salafisme et grand financeur de l'islamisme radical et du terrorisme, avec le Qatar et la complicité des Etats comme la France, sur le terrain de la Syrie ou de nos banlieux, vient de demander, par le biais de son roi, à rencontrer Poutine. Pourquoi se rapprocher de celui qui est le plus autoritaire, le plus déterminer à éradiquer l'EI, le plus efficace dans la lutte contre l'islamisme? Parce qu'il est plus fort, qu'il "en a", qu'il ne s'embarrasse pas trop de considérations philosophiques... C'est un rapport de forces. Le temps n'est pas aux intellectuels mais aux représentants de la force et de l'autorité contre un phénomène dangereux à neutraliser. Le salafisme, très archaïque, fonctionne selon la loi du plus fort. Du jeune musulman pré-délinquant au roi d'Arabie Saoudite, ce qui est respecté est ce qui est craint. Notre "humanisme béat", notre démocratie naïve n'est pour eux que de la faiblesse. Gardons nos valeurs mais sachons d'abord nous faire respecter.