vendredi 1 juin 2018

La dépression de l'adulte


Modification de l’humeur, troubles de la pensée et manifestations physiques sont les principaux symptômes d’une dépression. Généralement déclenchée par des événements extérieurs, la dépression semble le plus souvent résulter d’une conjonction de facteurs biologiques, génétiques, ainsi que de l’environnement social et familial de la personne.
Quels sont les signes de la dépression ?
Contrairement à la déprime passagère, la dépression (ou dépression nerveuse) est un état de profonde détresse qui dure. Elle se caractérise par l’association durable de plusieurs symptômes comme une modification importante de l’humeur (tristesse permanente), une perte de motivation, une souffrance parfois insupportable et un ralentissement des gestes de la vie courante. La personne malade a un sentiment d’inutilité et d’impuissance, avec des idées morbides, voire suicidaires.
Maladie aux multiples facettes, la dépression est parfois difficile à déceler. La personne qui en souffre refuse de voir ses symptômes, ou en sous-estime l’importance. Elle ne veut pas se plaindre, se dit que « ça va passer ». C’est la raison pour laquelle l’entourage peut jouer un rôle primordial dans le diagnostic de la maladie.
Certains changements peuvent alerter : la personne n’a plus envie de pratiquer des activités qui lui plaisaient auparavant, ne fait plus de projets, est d’humeur instable, peut faire preuve d’une agressivité inhabituelle ou présente des difficultés de concentration.
Elle dort moins ou au contraire beaucoup plus, mange très peu ou grignote sans arrêt, est constamment fatiguée. Des idées sombres sont énoncées : « Je suis dans une impasse, je n’y arriverai jamais, j’ai tout raté dans ma vie, je porte la poisse, je rends les autres malheureux… » Si ce discours revient sans cesse, il faut absolument inciter la personne à consulter.
Parfois, la dépression prend des formes dites « masquées ». Elle se traduit par des manifestations physiques difficiles à associer, dans l’esprit de la personne qui en souffre, avec l’image qu’elle se fait de la dépression : troubles du sommeil, fatigue, agitation, maux de dos ou maux de ventre, troubles digestifs, vertiges, maux de tête, etc.
Les symptômes de la dépression
Modifications de l'humeur
• Cafard
• Tristesse permanente pendant au moins deux semaines
• Envie incontrôlable et fréquente de pleurer
• Irritabilité
• Perte totale d'intérêt pour les activités ordinairement agréables
Troubles de la pensée
• Baisse de l‘estime de soi
• Sentiment de culpabilité
• Anxiété ou inquiétude excessive
• Difficultés de concentration
• Pertes de mémoire
• Incapacité à prendre des décisions
• Pensées morbides qui reviennent souvent
Manifestations physiques
• Agitation ou ralentissement des gestes du quotidien
• Perte d’énergie
• Fatigue
• Sommeil perturbé (insomnie ou envie de dormir excessive)
• Perte ou augmentation de l’appétit
• Troubles digestifs et maux de ventre
• Maux de tête
• Diminution du désir sexuel
• Douleurs diffuses
• Mal de dos
Qu’appelle-t-on maniaco-dépression ?
Les personnes atteintes de troubles bipolaires, appelés aussi maniaco-dépression, psychose maniaco-dépressive ou dépression bipolaire, connaissent des variations de l’humeur qui sont disproportionnées dans leur durée et leur intensité. La gaieté devient euphorie exagérée, la tristesse se mue en dépression profonde. Les troubles du comportement qui accompagnent ces phases désorganisent profondément la vie de la personne maniaco-dépressive et dégradent ses relations familiales et professionnelles. Les troubles bipolaires sont une maladie distincte qui ne doit pas être confondue avec la dépression et ils nécessitent des traitements particuliers.
Coup de cafard ou dépression, comment savoir ?
Avoir un « coup de cafard » est une manifestation naturelle du psychisme. Une déprime se caractérise par un sentiment de tristesse passagère qui peut être lié ou non à des raisons précises. Cependant, si l’état psychologique ne s’améliore pas après environ deux semaines, il est important de consulter, car il s’agit peut-être d’une dépression qui s’installe.
Est-il normal de parfois « broyer du noir » ?
Perte d’un être cher, problèmes professionnels, soucis financiers, déception amoureuse, conflits familiaux ou autre. Tous ces événements font hélas partie, à un moment ou à un autre, du quotidien. Notre psychisme, mais aussi notre corps réagissent à ces situations. Nous nous sentons tristes, fatigués, sans énergie ou alors énervés, tendus. Souvent, nous décrivons cet état comme un « coup de déprime ».
Il peut aussi nous arriver de broyer du noir sans raison particulière, sans qu’aucun changement ne soit intervenu. C’est parfois le signe d’une insatisfaction vis-à-vis de notre mode de vie.
Ces manifestations, que même les plus optimistes connaissent sont tout à fait normales. Les médecins les considèrent comme des troubles d’adaptation, des états dépressifs mineurs non caractérisés, qui ne doivent pas être confondus avec une maladie dépressive caractérisée et ne justifient donc pas d’un traitement antidépresseur.

Ces moments de déprime ont-ils une fonction ?
Aussi curieux que cela puisse paraître, ces moments de déprime ont une fonction d’adaptation. Nous interagissons de façon permanente avec notre environnement. Confronté à une perturbation de cet environnement, l’organisme réagit, permettant à l’individu d’adapter son comportement et ses pensées aux contraintes du monde qui l’entoure. Dans d’autres cas, ces manifestations peuvent amener à s’interroger sur sa vie, à redéfinir ses priorités pour trouver du sens à son existence, et parfois à prendre des décisions ou à provoquer un changement tel qu’un déménagement, la recherche d’un nouvel emploi ou une séparation. Une période de déprime peut être le déclencheur d’une évolution et déboucher sur un mieux-être.

Coup de cafard ou début de dépression ?
Dans le doute, mieux vaut consulter. Le dialogue avec un médecin permet de mettre des mots sur ses difficultés, ce qui suffit parfois pour prendre du recul et se sentir mieux. D’autre part, seul un médecin est à même de faire la différence entre un coup de blues et une dépression. En effet, si cette maladie est complexe, ses symptômes sont relativement bien connus.
Mais attention ! Même si les symptômes observés ne correspondent pas aux symptômes les plus courants, il convient de rester vigilant. Si un coup de cafard devient permanent et incompatible avec la vie quotidienne, il peut être le signe d’une dépression qui s’installe. Il ne faut donc pas hésiter à aller voir un médecin si l’état psychologique ne s’améliore pas ou si des troubles physiques apparaissent, tels que douleurs au ventre ou au dos, ou migraines. Ils peuvent signaler une dépression masquée.
Pourquoi développe-t-on une dépression ?
« Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Suis-je responsable de cette situation ? » Ces questions assaillent généralement les personnes qui souffrent de vraie dépression. Pourtant, le malade n’est pour rien dans ce qui lui arrive. Il ne s’agit pas d’un laisser-aller ou d’une personne qui s’écoute trop, qui s’apitoie sur son sort.
La dépression est souvent déclenchée par des événements extérieurs. On sait désormais qu’il n’y a pas une cause unique à l’apparition d’une dépression, mais que la maladie résulte le plus souvent d’une conjonction de facteurs.

Les facteurs biologiques
Chez les malades dépressifs, on constate un déséquilibre de la chimie du cerveau, en particulier une baisse de l’efficacité de certains neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, dopamine). Or, le cerveau constitue le centre de contrôle de tout notre corps. Il est également responsable de nos émotions, de notre mémoire et de nos pensées. Cette perturbation de nature chimique entraîne progressivement un dérèglement de l’humeur et des fonctions intellectuelles et physiques.
Les facteurs génétiques
Les personnes ayant des parents proches qui ont souffert de dépression sont plus susceptibles d’en être elles-mêmes victimes. De nombreuses recherches ont tenté d’identifier un gène de la dépression. On pense aujourd’hui que plusieurs gènes peuvent avoir une influence sur la survenue de cette maladie.
Globalement, les gènes impliqués ne déclencheraient pas nécessairement la dépression, mais transmettraient seulement une prédisposition.
Les facteurs liés à l’environnement social et familial
Le surmenage, la solitude, des événements difficiles ou traumatisants (problèmes financiers ou professionnels) peuvent favoriser une dépression. Souvent, son apparition suit la perte d’une personne, lors d’un deuil, d’une séparation, du départ d’un enfant du domicile des parents, par exemple. Elle peut aussi faire suite à un changement d’état : perte du sentiment de jeunesse, d’une certaine insouciance, ou perte partielle ou totale de son autonomie, etc.
Qui peut être touché par la dépression ?
Personne n’est à l’abri de la dépression. On peut avoir apparemment tout pour être heureux et souffrir d’une dépression sévère. Le mode de vie a une influence. Ainsi, la solitude affective (veuvage, divorce, séparation) constitue un facteur de risque, surtout pour les hommes, de même qu’un environnement professionnel générateur de stress (licenciement, chômage, pression dans le travail, surmenage). D’autre part, certains moments de la vie comme l’adolescence, la grossesse, l’accouchement ou la survenue d’une maladie grave fragilisent l’individu, le rendant plus vulnérable à la dépression.
La dépression est une maladie qui peut toucher tout le monde à tout âge, même si la dépression est plus fréquente chez les adultes jeunes (sept dépressifs sur dix ont moins de 45 ans). De plus, hommes et femmes ne sont pas égaux devant la dépression. La maladie touche en moyenne un homme sur dix et une femme sur cinq. La raison en est peut être que les dépressions féminines sont mieux dépistées, car les femmes demanderaient de l’aide plus facilement que les hommes. De plus, les hormones sexuelles pourraient jouer un rôle, ce qui expliquerait la plus grande fréquence de la dépression féminine durant certaines périodes de fluctuations hormonales (accouchement, ménopause). 

Baby blues et dépression post-partum
Il ne faut pas confondre le célèbre baby blues avec la dépression du post-partum. Huit femmes sur dix ressentent les symptômes du baby blues entre le deuxième et le dixième jour après l’accouchement. Ces troubles dépressifs passagers (crises de larmes, vague à l’âme) ne durent que deux ou trois jours et disparaissent spontanément. Ils sont dus aux bouleversements hormonaux provoqués par l’accouchement, à la fatigue et à la prise de conscience du nouveau rôle de mère.
Moins fréquente que le baby blues, la dépression du post-partum touche une femme sur six. Elle se manifeste quelques semaines après l’accouchement. Ses symptômes sont ceux de la dépression : tristesse, perte d’intérêt et de plaisir, difficultés de concentration, troubles du sommeil. Un sentiment de culpabilité sur une supposée incompétence maternelle, une anxiété injustifiée quant à l’état de santé de l’enfant, ou au contraire un rejet du bébé peuvent également être ressentis.
Le traitement par antidépresseurs, associé à une psychothérapie, est efficace. Dans les cas de dépressions postnatales sévères, une hospitalisation peut être envisagée. Il existe en France quelques unités spécialisées dans l’accueil des nouvelles mères sévèrement déprimées.
Le cas des personnes âgées
La dépression chez les personnes âgées est souvent sous-estimée. Une idée répandue voudrait qu’avec l’âge il devienne normal d’être triste, fatigué, abattu. Pourtant, la dépression chez les personnes âgées est assez fréquente, pouvant s’exprimer par une agressivité, une irritabilité, des insomnies ou encore par des symptômes qui peuvent être confondus avec des signes de démence ou de sénilité, tels que pertes de mémoire ou confusion. Si la dépression est diagnostiquée, ces manifestations disparaissent avec le traitement.