mardi 10 mai 2016

Chirurgie : le robot peut-il surpasser la dextérité du chirurgien ?

Chirurgie : le robot peut-il surpasser la dextérité du chirurgien ?

Des chercheurs américains ont mis au point Star, un robot chirurgical autonome qui s'est montré plus efficace que des chirurgiens exercés lors d'essais sur des animaux.

Le robot Star a fait preuve d'une meilleure maîtrise des sutures qu'un chirurgien. ©AAAS/Carla SchafferLe robot Star a fait preuve d'une meilleure maîtrise des sutures qu'un chirurgien. ©AAAS/Carla Schaffer

CHIRURGIE. Et si, à l'avenir, les robots chirurgicaux se passaient de toute intervention humaine ? Pas sûr que cela soit vraiment souhaitable. Mais techniquement, la chose devient de plus en plus crédible. Des chercheurs ont en effet mis au point un robot chirurgical autonome qui a réussi à rattacher deux parties de l'intestin d'un porc. Si l'opération était supervisée par un chirurgien, ce dernier n'a pas eu à mettre la main à la patte. Une première qui constitue une avancée importante dans la chirurgie délicate des tissus mous de l’organisme où le risque de complications est élevé.

Une technique de navigation autonome inédite

Baptisé "Star" (pour Smart Tissue Autonomous Robot), le robot ne vise pas à remplacer les chirurgiens spécialisés, mais à leur donner un outil capable d’une plus grande précision pour faire notamment des sutures, expliquent les chercheurs qui publient leurs travaux dans la revue américaine Science Translational Medicine. Ceux-ci montrent que le robot Star a surpassé la dextérité et la précision des chirurgiens, ainsi que d’un instrument robotique déjà commercialisé appelé Vinci Surgical System - et manipulé par un chirurgien, pour recoudre deux parties d’un intestin de cochon. La robotique en chirurgie avait jusqu’à présent fait des avancées surtout pour les interventions sur les os, pour les sectionner avec une grande précision par exemple, mais pas sur les tissus mous qui sont malléables et de ce fait plus difficile à manipuler. Equipé d’un bras télémanipulateur et d’instruments chirurgicaux, Star combine des technologies d’imagerie intelligente et des marqueurs fluorescents pour naviguer et s’adapter aux complexités des tissus mous, expliquent les scientifiques.
"En éliminant l’intervention humaine, des robots autonomes pourront potentiellement réduire les complications et améliorer la sûreté et l’efficacité des interventions chirurgicales sur des tissus mous. Celles-ci concernent environ 45 millions de personnes par an aux Etats-Unis", estiment ces chirurgiens. "L'objectif n’est pas de remplacer les chirurgiens mais de leur donner des outils comme Star, qui en rendant la procédure plus intelligente, peut garantir de meilleurs résultats pour les patients", a souligné le Dr Peter Kim, un professeur de chirurgie à la faculté de médecine de l’université George Washington lors d’une conférence de presse téléphonique. Il est l’un des co-concepteurs de ce système. "C’est un peu comme le régulateur de vitesse d’une voiture ou des systèmes autonomes arrêtant le véhicule devant un obstacle : ils permettent de réduire le nombre d’accidents et de morts", a-t-il dit. "C’est la même logique qui s’applique dans la technologie robotique chirurgicale". L’assistance robotique dans la chirurgie dépend actuellement du chirurgien, qui contrôle manuellement l’outil, et les résultats varient selon son expérience et son degré de formation.
Vidéo de présentation des chercheurs :
Sous supervision humaine, le robot chirurgien Star s’est montré supérieur à toutes les autres approches pour faire des sutures et reconnecter des segments de l’intestin de plusieurs porcs. Cette intervention, appelée entéro-anastomose, est fréquente pour enlever par exemple une tumeur cancéreuse du côlon ou traiter une occlusion et "ré-attacher" les deux sections intestinales. Ainsi, plus d’un million d’entéro-anastomoses sont effectuées chaque année aux Etats-Unis. Des opérations du même type sont également effectuées en urologie et en gynécologie. Or jusqu’à 30 % des anastomoses intestinales connaissent des complications comme des fuites ou des blocages, selon ces chercheurs.
Ces derniers ont souligné que les chirurgiens ont surveillé très étroitement le robot Star durant toutes les interventions de manière à pouvoir l’arrêter immédiatement en cas de mauvais fonctionnement. Les chercheurs estiment que Star ne sera probablement pas autorisé à être commercialisé par l’Agence américaine des médicaments (FDA) avant plusieurs années car il faut avant cela effectuer des essais cliniques pour s’assurer qu’il ne présente pas de risques pour les humains.